Le XIXe siècle est, en Europe, le siècle de la double affirmation du libéralisme et de la démocratie. Nées des Lumières et de la Révolution française de 1789, ces deux idéologies politiques bouleversent l'ordre ancien fondé sur la monarchie absolue, les privilèges de la noblesse et du clergé, et l'inégalité des sujets devant la loi. Le libéralisme réclame la liberté de l'individu contre l'arbitraire de l'État ; la démocratie réclame la souveraineté du peuple contre le pouvoir héréditaire des rois. Portées par une nouvelle classe sociale montante, la bourgeoisie, ces idées transforment progressivement les régimes politiques européens, sans que leur triomphe soit ni immédiat ni uniforme d'un pays à l'autre.
Le libéralisme est une doctrine politique, économique et philosophique qui place la liberté de l'individu au centre de l'organisation de la société. Il repose sur deux piliers indissociables.
Libéralisme : doctrine qui défend les libertés fondamentales de l'individu (liberté d'expression, liberté de la presse, liberté d'entreprendre, liberté de conscience) ainsi que l'égalité des droits de tous les citoyens devant la loi. Il s'oppose à l'absolutisme monarchique et à toute forme de pouvoir arbitraire.
Le libéralisme naît de la philosophie des Lumières (Locke, Montesquieu, Voltaire) et se diffuse en Europe à la suite de la Révolution française et des guerres napoléoniennes, qui exportent le Code civil et les principes de 1789 (liberté, égalité devant la loi, propriété) au-delà des frontières françaises.
Le libéralisme se déploie sur deux terrains complémentaires, économique et politique, qui se renforcent mutuellement au XIXe siècle.
Le libéralisme économique est le fondement du capitalisme. Héritier des idées de l'économiste écossais Adam Smith (auteur de La Richesse des nations, 1776), il prône la libre entreprise, la libre concurrence entre producteurs, la propriété privée des moyens de production et le refus de l'intervention de l'État dans l'économie (doctrine du « laisser-faire, laisser-passer »). C'est ce libéralisme économique qui accompagne et justifie l'essor de l'industrialisation en Europe au XIXe siècle.
Le libéralisme politique est le fondement de la démocratie représentative. Il repose sur la limitation du pouvoir de l'État par le droit, la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) et l'adoption d'un régime constitutionnel qui garantit les droits des citoyens face à l'État. Le libéralisme politique s'oppose ainsi à la monarchie absolue et réclame des constitutions écrites, des parlements élus et des libertés publiques garanties.
Le libéralisme n'est pas une idée abstraite : il est porté par une classe sociale précise, la bourgeoisie — commerçants, industriels, banquiers, hommes de loi, professions libérales — enrichie par le commerce et l'industrie mais exclue du pouvoir politique sous l'Ancien Régime. Tout au long du XIXe siècle, la bourgeoisie devient le principal soutien social et politique du libéralisme : elle réclame la liberté d'entreprendre pour prospérer économiquement, et la liberté politique (constitutions, parlements, suffrage) pour accéder au pouvoir dont l'aristocratie détenait jusque-là le monopole.
En France, la Monarchie de Juillet (1830-1848) est souvent qualifiée de « monarchie bourgeoise » : le roi Louis-Philippe s'appuie sur la haute bourgeoisie d'affaires, seule habilitée à voter en raison du suffrage censitaire alors en vigueur.
La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple, qui l'exerce lui-même ou par l'intermédiaire de représentants qu'il choisit.
Démocratie : du grec demos (le peuple) et kratos (le pouvoir) : régime politique où la souveraineté appartient au peuple, exercée par le principe du suffrage et fondée sur l'universalité des droits politiques des citoyens.
Deux principes fondent la démocratie moderne telle qu'elle se construit en Europe au XIXe siècle :
La démocratie moderne prend le plus souvent la forme d'un gouvernement représentatif : le peuple n'exerce pas directement le pouvoir (comme dans la démocratie directe de l'Athènes antique), mais élit des représentants — députés, sénateurs — chargés de voter les lois et de contrôler le gouvernement en son nom.
La démocratie ne progresse pas partout au même rythme ni sous la même forme en Europe au XIXe siècle. On distingue notamment :
La démocratie libérale, fondée sur le multipartisme et des élections pluralistes, s'installe durablement au Royaume-Uni (monarchie parlementaire où le pouvoir réel appartient au Parlement de Westminster) et en France, sous la Troisième République proclamée en 1870 : les grandes lois républicaines des années 1880 (liberté de la presse en 1881, liberté de réunion, liberté syndicale en 1884) consacrent un régime démocratique et pluraliste.
Ailleurs en Europe (Empire allemand, Empire austro-hongrois, Empire russe), le pouvoir reste concentré entre les mains du monarque et de son administration : les parlements, quand ils existent, ont des pouvoirs limités, et les régimes demeurent plus autoritaires ou restrictifs que dans les démocraties libérales occidentales.
Le principal obstacle à une démocratie pleinement réalisée au XIXe siècle est la restriction du droit de vote. Le suffrage censitaire, qui subordonne le droit de vote au paiement d'un impôt minimal (le « cens »), réserve la citoyenneté politique active aux plus fortunés. Ce n'est qu'au fil du siècle, sous la pression des mouvements populaires et libéraux, que le suffrage universel masculin s'impose progressivement (en France, il est instauré en 1848 puis définitivement consolidé sous la Troisième République), tandis que le suffrage féminin et le suffrage universel intégral resteront des conquêtes du XXe siècle dans la plupart des pays européens.
| Forme de démocratie | Principe du suffrage | Exemple européen |
|---|---|---|
| Démocratie libérale (multipartisme, élections pluralistes) | Suffrage universel masculin progressif | Royaume-Uni ; France (IIIe République, à partir de 1870) |
| Monarchie constitutionnelle censitaire | Suffrage censitaire (vote réservé aux plus imposés) | France (Monarchie de Juillet, 1830-1848) |
| Régime autoritaire à parlement limité | Suffrage restreint ou consultatif | Empire allemand, Empire austro-hongrois |
| Autocratie | Absence de suffrage national représentatif | Empire russe (jusqu'en 1905) |
Classez chacune des affirmations suivantes dans la case « libéralisme économique » ou « libéralisme politique » :
En vous appuyant sur le cours, répondez aux questions suivantes :
Rédigez un paragraphe d'une dizaine de lignes comparant le suffrage censitaire et le suffrage universel masculin. Vous préciserez la définition de chacun, les catégories de citoyens qu'ils excluent ou incluent, et vous illustrerez votre propos par l'exemple français.
Le suffrage censitaire est un mode de scrutin qui réserve le droit de vote aux citoyens payant un impôt minimal, appelé le « cens ». Il exclut donc de fait les classes populaires, les ouvriers, les paysans pauvres et les femmes, et ne fait voter qu'une minorité de citoyens fortunés — en France, sous la Monarchie de Juillet, moins de 1 % de la population adulte masculine dispose du droit de vote. Le suffrage universel masculin, en revanche, accorde le droit de vote à tous les hommes majeurs, indépendamment de leur fortune ou de leur statut social ; il est instauré en France en 1848, lors de la Deuxième République, puis consolidé durablement sous la Troisième République à partir de 1870. Le passage du suffrage censitaire au suffrage universel masculin marque ainsi une étape décisive dans la démocratisation politique du XIXe siècle, même si le suffrage demeure encore, à cette époque, exclusivement masculin.
À partir de vos connaissances, expliquez en quoi la Troisième République française, proclamée en 1870, constitue un exemple abouti de démocratie libérale en Europe au XIXe siècle. Vous évoquerez le rôle du suffrage, des libertés publiques et du multipartisme.
Proclamée en septembre 1870 après la chute du Second Empire, la Troisième République installe en France un régime parlementaire fondé sur le suffrage universel masculin, déjà acquis en 1848 mais désormais durablement ancré dans les institutions. Le pouvoir législatif est exercé par deux chambres élues (Chambre des députés et Sénat), qui contrôlent un exécutif responsable devant elles : c'est l'application concrète du principe de séparation des pouvoirs. Dans les années 1880, une série de grandes lois libérales vient consolider ce régime démocratique : liberté de la presse (1881), liberté de réunion, liberté syndicale (1884), qui garantissent le pluralisme des opinions et l'existence de plusieurs partis politiques (multipartisme). Ainsi, la Troisième République associe les deux piliers étudiés dans ce chapitre : le libéralisme politique (constitution, séparation des pouvoirs, libertés publiques) et la démocratie (suffrage universel masculin, gouvernement représentatif, multipartisme), faisant d'elle l'un des régimes les plus abouti de démocratie libérale en Europe à la fin du XIXe siècle.
Sujet : Montrez que le XIXe siècle est le siècle de l'affirmation du libéralisme et de la démocratie en Europe.
Vous rédigerez une composition organisée, avec une introduction (contexte, problématique, annonce du plan), un développement en deux parties, et une conclusion.
Introduction. Héritier des Lumières et de la Révolution française de 1789, le XIXe siècle voit naître et se diffuser en Europe deux idéologies politiques majeures qui redéfinissent les rapports entre l'individu, la société et l'État : le libéralisme et la démocratie. Portées par une bourgeoisie en pleine ascension économique et sociale, ces idées entrent en confrontation avec l'ordre ancien fondé sur la monarchie absolue et les privilèges. Dans quelle mesure peut-on affirmer que le XIXe siècle constitue le siècle décisif de l'affirmation du libéralisme et de la démocratie en Europe ? Nous montrerons d'abord comment le libéralisme s'impose comme la doctrine de la liberté individuelle et du capitalisme, avant d'étudier la construction progressive, mais inégale, de la démocratie sur le continent.
I. L'affirmation du libéralisme, doctrine de la liberté individuelle. Le libéralisme repose sur la défense des libertés fondamentales (expression, presse, entreprise) et de l'égalité des droits devant la loi. Il se décline en deux volets complémentaires : le libéralisme économique, hérité d'Adam Smith, qui fonde le capitalisme moderne sur la libre entreprise, la libre concurrence et la propriété privée, et qui accompagne l'essor de l'industrialisation ; le libéralisme politique, qui réclame la limitation du pouvoir de l'État par la séparation des pouvoirs et l'adoption de régimes constitutionnels. Ce double libéralisme trouve dans la bourgeoisie — commerçants, industriels, professions libérales — son principal soutien social : exclue du pouvoir politique sous l'Ancien Régime malgré sa puissance économique croissante, la bourgeoisie fait du XIXe siècle le théâtre de sa propre ascension, comme l'illustre en France la Monarchie de Juillet, souvent qualifiée de « monarchie bourgeoise ».
II. La construction progressive et inégale de la démocratie. La démocratie repose sur deux principes fondamentaux : l'universalité du suffrage, condition de la souveraineté réelle du peuple, et la séparation des pouvoirs théorisée par Montesquieu. Elle prend en Europe la forme d'un gouvernement représentatif, où le peuple élit des représentants chargés de légiférer en son nom. Toutefois, cette démocratisation n'est ni linéaire ni uniforme : au Royaume-Uni et en France, notamment sous la Troisième République à partir de 1870, s'installe une démocratie libérale fondée sur le multipartisme, des élections pluralistes et, progressivement, le suffrage universel masculin (acquis en France dès 1848) ; ailleurs en Europe, en revanche, le suffrage censitaire perdure une grande partie du siècle, réservant le droit de vote aux plus fortunés, tandis que des régimes plus autoritaires (Empire allemand, Empire austro-hongrois, Empire russe) limitent fortement les pouvoirs de leurs assemblées.
Conclusion. Le XIXe siècle apparaît bien comme le siècle de l'affirmation conjointe du libéralisme et de la démocratie en Europe : porté par la bourgeoisie, le libéralisme impose la liberté individuelle comme principe économique et politique, tandis que la démocratie, malgré des rythmes très inégaux selon les pays, progresse vers le gouvernement représentatif et l'élargissement du suffrage. Cette double dynamique, encore inachevée à la fin du siècle — le suffrage féminin restant à conquérir —, prépare les affrontements idéologiques majeurs du XXe siècle entre démocraties libérales et régimes autoritaires.
Quel économiste écossais est considéré comme le fondateur du libéralisme économique ?
Le libéralisme économique repose sur tous ces principes, SAUF un. Lequel ?
Quel principe fonde le libéralisme politique ?
Quelle classe sociale est le principal soutien du libéralisme au XIXe siècle ?
Qui a théorisé la séparation des pouvoirs, principe fondateur de la démocratie moderne ?
Qu'est-ce qu'un « gouvernement représentatif » ?
Qu'appelle-t-on le « suffrage censitaire » ?
En France, à partir de quelle date le régime de la Troisième République installe-t-il durablement une démocratie libérale ?
Quel pays européen est cité en exemple, avec la France, pour une démocratie libérale fondée sur le multipartisme au XIXe siècle ?
Quelle affirmation résume le mieux l'évolution du droit de vote en Europe au XIXe siècle ?