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1ère C · Philosophie · 3 Commentaires de texte corrigés · Programme officiel INRAP
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3 Commentaires de Texte Corrigés

Philosophie · 1ère C · Un extrait d'auteur par grand thème du programme
Méthode : Introduction (thème, problème, thèse de l'auteur, articulations) — Développement (étude ordonnée, intérêt philosophique) — Conclusion (bilan, prise de position, ouverture)

3 textes Corrigés intégraux Étude ordonnée Méthode officielle INRAP

📋 Table des matières — 3 textes

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Commentaire de Texte — N°1

Texte inspiré de Kant — apprendre à philosopher

OG 1
apprendre à philosopherexercice de la raisonautonomie de la pensée
Texte

"On ne saurait apprendre la philosophie, si l'on entend par là un ensemble de connaissances toutes faites que l'esprit n'aurait plus qu'à recevoir et à retenir, comme on apprend l'histoire d'un pays ou les théorèmes d'une science achevée. Car la philosophie, à la différence des autres savoirs, n'existe nulle part comme un système définitivement constitué que l'on pourrait simplement transmettre d'une tête à une autre. Ce que l'on peut véritablement apprendre, c'est à philosopher : c'est-à-dire exercer sa propre raison, sur les grands problèmes de la connaissance, de la morale et de l'existence, à la manière dont les plus grands penseurs l'ont fait avant nous, sans jamais se contenter de répéter leurs conclusions. Étudier les systèmes des philosophes ne sert donc qu'à nous exercer à penser par nous-mêmes, non à nous dispenser de le faire."

— Texte proposé, librement inspiré de la pensée de Kant sur l'apprentissage de la philosophie (thème de la Critique de la raison pure)

Consigne : Faites le commentaire de ce texte.

Corrigé — Commentaire de texte

I. Introduction

Thème. Ce texte, librement inspiré de la pensée de Kant sur l'enseignement de la philosophie (il ne s'agit pas d'une citation littérale, mais d'une paraphrase pédagogique destinée à en restituer l'esprit), porte sur la nature même de l'activité philosophique et sur la manière dont on peut, ou non, l'enseigner et l'apprendre.
Problème. La question qui parcourt le texte est la suivante : la philosophie est-elle un savoir que l'on transmet comme les autres, un contenu fini que l'élève reçoit passivement, ou bien est-elle avant tout une activité, un exercice personnel de la raison qui ne se laisse jamais réduire à une simple accumulation de connaissances ?
Thèse de l'auteur. L'auteur soutient que l'on ne peut pas apprendre « la philosophie » comme un ensemble de vérités arrêtées, parce qu'un tel système n'existe pas ; en revanche, on peut apprendre « à philosopher », c'est-à-dire à exercer soi-même sa raison sur les grandes questions, en s'inspirant des grands penseurs sans se contenter de répéter leurs conclusions.
Articulations. Le texte se développe en deux temps : d'abord une thèse négative (on ne peut apprendre la philosophie comme un savoir achevé, à la différence de l'histoire ou des mathématiques) ; ensuite une thèse positive (on peut apprendre à philosopher, c'est-à-dire exercer sa raison de façon autonome, les systèmes existants ne servant que d'exercice et non de dispense de penser).

II. Développement

Étude ordonnée. La première phrase établit une comparaison entre la philosophie et des savoirs « tout faits » comme l'histoire d'un pays ou les théorèmes d'une science achevée : ces savoirs se transmettent tels quels, l'esprit n'ayant qu'à les recevoir et à les mémoriser. La deuxième phrase justifie ce refus : contrairement aux autres disciplines, la philosophie n'existe « nulle part » comme système définitivement constitué ; il n'y a pas UNE philosophie unique et achevée, mais une pluralité de doctrines rivales (Platon, Descartes, Kant lui-même…), chacune contestable. On ne peut donc « transmettre » la philosophie d'une tête à une autre comme on transmettrait une formule. La troisième phrase introduit alors la distinction centrale, entre apprendre LA philosophie et apprendre À philosopher : philosopher, c'est exercer sa propre raison sur les problèmes fondamentaux — connaissance, morale, existence — à la manière des grands penseurs, sans pour autant se borner à répéter leurs réponses. Enfin, la dernière phrase précise la fonction de l'étude des systèmes philosophiques : elle n'est pas une fin en soi, un stock de réponses à mémoriser, mais un moyen, un exercice qui aiguise notre propre capacité à penser, sans jamais nous dispenser de cet effort personnel.
Intérêt philosophique et discussion. L'intérêt de ce texte est de définir la philosophie non par son contenu mais par son acte : philosopher est un verbe avant d'être un nom. Cette conception a une portée pédagogique immédiate, essentielle pour de jeunes lycéens congolais abordant cette discipline en classe de 1ère : elle invite à ne pas réduire le cours de philosophie à un catalogue de citations à réciter, mais à user de sa propre raison, en dialogue critique avec les auteurs. On peut néanmoins objecter que l'histoire de la philosophie n'est pas un pur prétexte à l'exercice : connaître les systèmes de Platon, Descartes ou Rousseau donne des outils conceptuels, un vocabulaire et des repères sans lesquels la réflexion personnelle risquerait de tourner à vide ou de réinventer maladroitement ce qui a déjà été pensé. La position de l'auteur, bien comprise, n'exclut d'ailleurs pas cette étude : elle en fait un moyen et non une fin, ce qui permet de concilier transmission d'un patrimoine et exigence d'autonomie intellectuelle.

III. Conclusion

Bilan. Le texte établit que la philosophie ne se transmet pas comme un savoir clos ; elle s'apprend en s'exerçant, par l'usage personnel de la raison sur les questions fondamentales, en dialogue avec les penseurs qui nous ont précédés.
Prise de position. Cette thèse paraît juste et particulièrement adaptée à l'esprit d'un enseignement philosophique authentique : elle rappelle que la valeur d'un devoir de philosophie ne se mesure pas au nombre de citations reproduites, mais à la qualité du raisonnement personnel qui s'y déploie.
Ouverture. On peut alors se demander si cette exigence d'autonomie de la pensée, réclamée pour la philosophie, ne devrait pas s'étendre à d'autres disciplines scolaires, et interroger plus largement le rôle de l'école : former des esprits qui répètent, ou des esprits qui pensent ?
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Commentaire de Texte — N°2

Descartes — la technique et la maîtrise de la nature

OG 2
techniquescience pratiquemaîtrise de la nature
Texte

"...il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature."

— Descartes, Discours de la méthode (1637), VIᵉ partie

Consigne : Faites le commentaire de ce texte.

Corrigé — Commentaire de texte

I. Introduction

Thème. Dans cet extrait célèbre de la sixième partie du Discours de la méthode, Descartes s'interroge sur la finalité de la connaissance scientifique et sur le rapport que l'homme doit entretenir avec la nature grâce à la technique.
Problème. La question posée est celle de savoir à quoi doit servir le savoir : doit-il rester une contemplation désintéressée du monde, comme le voulait la philosophie spéculative héritée des Anciens, ou doit-il au contraire se transformer en pouvoir d'action, en instrument mis au service de l'amélioration de la vie humaine ?
Thèse de l'auteur. Descartes soutient qu'il faut substituer à la philosophie spéculative une philosophie pratique : en connaissant précisément les propriétés des corps naturels (feu, eau, air, astres…), l'homme peut les utiliser à son profit et devenir, selon la formule fameuse, « comme maître et possesseur de la nature ».
Articulations. Le texte progresse en trois temps : l'annonce d'une utilité nouvelle du savoir pour la vie ; l'opposition entre philosophie spéculative (scolastique) et philosophie pratique, fondée sur la comparaison avec le savoir des artisans ; enfin la conclusion, qui formule l'ambition d'une maîtrise technique de la nature.

II. Développement

Étude ordonnée. Descartes commence par affirmer la possibilité de connaissances « fort utiles à la vie » : la connaissance n'est donc plus jugée à l'aune de sa seule vérité contemplative, mais de son utilité pratique pour l'existence humaine. Il oppose ensuite explicitement cette philosophie nouvelle à « la philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles », c'est-à-dire la philosophie scolastique héritée d'Aristote, tournée vers la connaissance des causes et des essences sans souci d'application. À cette philosophie contemplative, il substitue une « philosophie pratique », dont le modèle est donné par une comparaison significative : connaître la nature « aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans ». L'artisan connaît son matériau de façon si précise qu'il peut le façonner à volonté ; de même, le savant doit connaître le feu, l'eau, l'air, les astres et les cieux de façon à pouvoir les « employer... à tous les usages auxquels ils sont propres ». La phrase se referme sur la formule programmatique : nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » — l'expression « comme » indiquant une nuance de mesure, l'homme ne devenant pas un dieu tout-puissant mais un technicien éclairé.
Intérêt philosophique et discussion. Ce texte marque un tournant décisif de l'histoire de la pensée occidentale : il fonde le projet moderne de la technique, où la science n'est plus contemplation mais pouvoir, et prépare l'essor des sciences appliquées et de l'industrie. Son intérêt est immense pour comprendre le monde contemporain, façonné par cette volonté de maîtrise technique. Mais ce texte appelle aussi la discussion : l'ambition de « maîtres et possesseurs de la nature » ne porte-t-elle pas en germe les crises écologiques actuelles, la nature étant réduite à un simple réservoir de ressources à exploiter ? On peut objecter à Descartes, avec le recul de plusieurs siècles de progrès technique parfois destructeur, que la maîtrise ne doit pas être domination aveugle : elle exige une responsabilité morale, faute de quoi le projet cartésien, louable dans son intention d'améliorer la condition humaine (Descartes pense en particulier à la médecine), se retourne contre son but même.

III. Conclusion

Bilan. Descartes fonde ici le projet d'une science pratique, tournée vers l'utilité et la maîtrise technique de la nature, en rupture avec la philosophie spéculative des écoles.
Prise de position. Cette thèse conserve une actualité incontestable, tant la technique structure notre vie quotidienne ; elle doit cependant être tempérée par une réflexion éthique sur les limites de cette maîtrise, que Descartes lui-même suggérait par la prudence du mot « comme ».
Ouverture. Ce texte invite à s'interroger, à l'heure des grands défis environnementaux, sur la possibilité d'une technique qui ne soit plus seulement domination mais aussi respect et gestion raisonnable de la nature.
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Commentaire de Texte — N°3

Rousseau — l'origine de la propriété et de la société civile

OG 3
propriétésociété civileinégalité
Texte

"Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne."

— Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755)

Consigne : Faites le commentaire de ce texte.

Corrigé — Commentaire de texte

I. Introduction

Thème. Dans cet extrait fameux du second Discours, Rousseau retrace, de manière hypothétique, l'origine de la propriété privée et son rôle dans la fondation de la société civile.
Problème. La question qui traverse ce passage est de savoir si la société civile, et l'inégalité qui l'accompagne, procèdent d'un fondement légitime ou d'une usurpation originelle acceptée par crédulité : la propriété est-elle un droit naturel ou une invention arbitraire à l'origine de tous les maux sociaux ?
Thèse de l'auteur. Rousseau soutient que c'est l'instauration de la propriété privée — un homme s'appropriant une terre par une simple déclaration, acceptée par la crédulité d'autrui — qui a fondé la société civile, et avec elle l'inégalité, les conflits et les malheurs qui n'ont cessé depuis d'accabler l'humanité.
Articulations. Le texte s'organise en deux mouvements : d'abord le récit, au passé, de l'acte fondateur de la propriété et de la société civile ; ensuite une phrase au conditionnel passé, qui imagine ce qu'aurait pu être un contre-discours dénonçant l'imposture, et qui aurait épargné à l'humanité crimes, guerres et misères.

II. Développement

Étude ordonnée. La première phrase met en scène un individu qui accomplit deux actes : un acte matériel, « enclos un terrain », et un acte de langage, dire « ceci est à moi ». Rousseau souligne aussitôt la fragilité de ce fondement : il fallut « des gens assez simples pour le croire » — la propriété ne repose donc pas sur un droit objectif mais sur la crédulité d'autrui, sur une convention arbitraire acceptée sans examen. C'est cet homme, et non un contrat rationnel et délibéré, que Rousseau désigne ironiquement comme « le vrai fondateur de la société civile ». La seconde phrase déploie les conséquences dramatiques de cet acte, par une accumulation de termes négatifs (« crimes », « guerres », « meurtres », « misères », « horreurs ») qui dressent le bilan funeste de l'histoire humaine depuis l'instauration de la propriété. Rousseau imagine alors, au conditionnel passé — mode de l'irréel du passé —, ce qui aurait pu se produire si un autre homme, plus lucide, avait détruit les signes de cette appropriation (« arrachant les pieux ou comblant le fossé ») et avait averti ses semblables : « Gardez-vous d'écouter cet imposteur ». L'argument de ce contre-discours repose sur une conception de l'état de nature où « les fruits sont à tous » et « la terre n'est à personne » — c'est-à-dire une communauté naturelle des biens, antérieure et supérieure à toute appropriation privée.
Intérêt philosophique et discussion. L'intérêt de ce texte est de renverser la légitimité communément admise de la propriété privée et de l'État : loin d'être un progrès nécessaire ou un contrat rationnel entre hommes libres et égaux, la société civile apparaît ici comme le fruit d'une usurpation historique, fondée sur la crédulité et non sur le droit. Cette thèse s'oppose frontalement à celle de Locke, pour qui la propriété résulte légitimement du travail que l'homme mêle à la nature. On peut objecter à Rousseau que sans propriété ni institutions stables, la coopération économique et la sécurité des biens deviendraient très difficiles, et que la critique radicale de la propriété relève ici davantage d'une fiction argumentative — un mythe philosophique — que d'un récit historique avéré, comme Rousseau lui-même le reconnaît d'ailleurs ailleurs dans le même ouvrage. Il n'en demeure pas moins que ce texte a une portée critique décisive : il invite à ne jamais considérer l'ordre social existant comme naturel ou allant de soi, mais à en interroger toujours les origines et les rapports de force qui le sous-tendent.

III. Conclusion

Bilan. Rousseau montre que la société civile et l'inégalité trouvent leur origine dans l'instauration arbitraire de la propriété privée, acceptée par la crédulité des hommes, et non dans un ordre naturel ou un contrat légitime.
Prise de position. Cette dénonciation garde une force critique précieuse, car elle invite à ne jamais naturaliser les inégalités sociales ; elle doit toutefois être nuancée, la propriété pouvant aussi, encadrée par le droit, être une condition de la stabilité et de la liberté individuelle.
Ouverture. Ce texte invite à s'interroger, aujourd'hui encore, sur la légitimité des inégalités économiques dans nos sociétés et sur les moyens politiques permettant de concilier propriété privée et justice sociale.