Document — Propos de l'écrivain et ethnologue malien Amadou Hampâté Bâ, devant l'UNESCO, 1960
Écrivain, ethnologue et conteur malien, Amadou Hampâté Bâ a consacré une grande partie de son œuvre à la défense de la tradition orale comme source historique à part entière. Il prononce en 1960, devant l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), une phrase restée célèbre :
« En Afrique, un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. [...] La tradition orale, transmise de génération en génération par les griots, les anciens et les chefs de famille, constitue une mémoire vivante des peuples, aussi précieuse que les archives écrites, et qu'il est urgent de recueillir avant qu'elle ne disparaisse. »
ConsignesCommentaire de texte historique
1. Présentez le document : nature, auteur, date et contexte de production.
2. Que désigne l'expression « une bibliothèque qui brûle » appliquée à la mort d'un vieillard africain ?
3. Expliquez le rôle des griots et des anciens dans la transmission de la tradition orale.
4. En quoi la tradition orale peut-elle être considérée comme une source de l'histoire au même titre que les sources écrites ?
5. Quelle est la portée historique de cette déclaration pour l'écriture de l'histoire africaine ?
✓ Corrigé rédigé
Question 1 — Présentation du document
Réponse : Il s'agit d'une déclaration orale, devenue depuis une citation célèbre, prononcée en 1960 par Amadou Hampâté Bâ, écrivain et ethnologue malien, devant l'UNESCO. Ce discours s'inscrit dans le contexte des indépendances africaines et de la prise de conscience internationale de l'urgence de recueillir les traditions orales africaines avant leur disparition avec la génération des anciens.
Question 2 — L'expression « une bibliothèque qui brûle »
Réponse : Cette formule métaphorique signifie que chaque vieillard africain, dépositaire de la mémoire collective transmise oralement (généalogies, événements historiques, coutumes, savoirs techniques), emporte avec lui, à sa mort, un patrimoine de connaissances irremplaçable s'il n'a pas été recueilli ou transmis auparavant — de la même façon qu'une bibliothèque qui brûle fait disparaître à jamais les livres qu'elle contenait.
Question 3 — Le rôle des griots et des anciens
Réponse : Dans de nombreuses sociétés africaines, les griots occupent une fonction sociale spécialisée de mémoire et de transmission : ils conservent et récitent les généalogies, les hauts faits historiques et les traditions des familles ou des royaumes. Les anciens, de leur côté, transmettent au sein de la famille et de la communauté les coutumes, les récits fondateurs et l'expérience acquise, assurant ainsi la continuité de la mémoire collective d'une génération à l'autre.
Question 4 — La tradition orale comme source historique
Réponse : Comme les sources écrites, la tradition orale transmet des informations sur le passé (événements, généalogies, institutions, croyances) qui peuvent être recueillies, recoupées avec d'autres sources (archéologiques, écrites, iconographiques) et soumises à l'esprit critique de l'historien. Elle est particulièrement précieuse pour les sociétés africaines qui n'ont pas toujours disposé d'une tradition d'écriture aussi développée que d'autres civilisations, sans que cela ne diminue la richesse ni la fiabilité potentielle de leur mémoire historique.
Question 5 — Portée historique
Réponse : Cette déclaration a contribué à faire reconnaître, au sein des institutions internationales comme l'UNESCO, la valeur scientifique de la tradition orale comme source historique légitime, aux côtés des sources écrites et archéologiques. Elle a favorisé le lancement de grands projets de collecte des traditions orales africaines, notamment dans le cadre de la rédaction de l'Histoire générale de l'Afrique publiée sous l'égide de l'UNESCO, à laquelle Amadou Hampâté Bâ lui-même a contribué.
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L'organisation administrative de l'Égypte pharaonique
D'après un texte descriptif sur l'administration égyptienne antique
Document — D'après un texte descriptif sur l'organisation de l'État égyptien antique
« Au sommet de l'État égyptien se trouve le pharaon, considéré comme un dieu vivant sur terre, garant de l'ordre cosmique (Maât) face au chaos. Il ne gouverne cependant pas seul : il s'appuie sur un vizir, sorte de premier ministre chargé de l'administration quotidienne du royaume, de la justice et de la collecte des impôts. Le territoire est divisé en provinces appelées nomes, chacune dirigée par un gouverneur (nomarque) responsable devant le pharaon. Une nombreuse classe de scribes, formés dans des écoles spécialisées, tient les comptes, rédige les décrets et consigne les crues du Nil, dont dépend directement la prospérité agricole du pays. »
ConsignesCommentaire de texte historique
1. Présentez le document : nature et thème principal.
2. Quel rôle joue le pharaon dans l'organisation politique et religieuse de l'Égypte ?
3. Expliquez le rôle du vizir et des nomarques dans l'administration du royaume.
4. Pourquoi les scribes occupent-ils une place essentielle dans cette organisation ?
5. En quoi ce texte illustre-t-il les éléments constitutifs d'une civilisation étudiés en cours ?
✓ Corrigé rédigé
Question 1 — Présentation du document
Réponse : Il s'agit d'un texte descriptif à caractère historique, qui présente de façon synthétique l'organisation politique et administrative de l'État égyptien antique, centrée sur la figure du pharaon et les rouages de son administration (vizir, nomes, scribes).
Question 2 — Le rôle du pharaon
Réponse : Le pharaon occupe une position à la fois politique et religieuse : considéré comme un dieu vivant, il est le garant de l'ordre cosmique, Maât, face au chaos. Ce statut divin fonde et légitime son pouvoir absolu sur l'ensemble du royaume, à la tête d'une organisation théocratique où le politique et le religieux sont indissociables.
Question 3 — Le rôle du vizir et des nomarques
Réponse : Le vizir seconde le pharaon dans la gestion quotidienne du royaume : il supervise l'administration, la justice et la collecte des impôts. Les nomarques, à la tête de chaque nome (province), relaient localement le pouvoir royal et sont responsables devant le pharaon, assurant ainsi une administration centralisée mais relayée sur l'ensemble du territoire.
Question 4 — Le rôle essentiel des scribes
Réponse : Les scribes constituent une élite administrative indispensable au fonctionnement de l'État : ils tiennent les comptes, rédigent les décrets officiels et enregistrent les crues du Nil, information cruciale car l'agriculture égyptienne, fondement de l'économie du royaume, dépend directement du niveau des crues pour l'irrigation et la répartition des terres.
Question 5 — Les éléments constitutifs d'une civilisation
Réponse : Ce texte illustre directement l'organisation politique de la civilisation égyptienne (pharaon, vizir, nomarques) évoquée dans le chapitre sur la notion de civilisation, ainsi qu'un lien fort avec l'organisation économique (l'agriculture liée aux crues du Nil) et sociale (la hiérarchie administrative). Il montre comment ces différents éléments s'articulent concrètement pour former un État cohérent et durable.
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La lettre du roi Afonso Ier du Kongo au roi du Portugal
Mbanza Kongo, 1526
20 pointsDurée : 2h
#Royaume-Kongo#Afonso-Ier#1526#Traite-négrière
Document — D'après une lettre du roi Afonso Ier (Mvemba a Nzinga) au roi Jean III de Portugal, 1526
Converti au christianisme, le roi Afonso Ier du Kongo entretient une correspondance suivie avec la couronne portugaise. Dans plusieurs lettres adressées au roi Jean III, il dénonce les ravages provoqués par le commerce des esclaves dans son royaume :
« Chaque jour, ces marchands enlèvent nos gens, enfants de ce pays, fils de nos nobles et de nos vassaux, même des membres de notre propre famille [...]. Ce vice et cette corruption sont si répandus que notre pays se dépeuple entièrement [...]. C'est pourquoi nous vous prions de n'envoyer ici ni marchands ni marchandises, car notre volonté est qu'il n'y ait plus dans ce royaume aucun commerce d'esclaves. »
ConsignesCommentaire de texte historique
1. Présentez le document : nature, auteur, date et contexte de production.
2. Quelle situation le roi Afonso Ier dénonce-t-il dans cette lettre ?
3. Expliquez le passage : « notre pays se dépeuple entièrement ».
4. Que révèle ce document sur les rapports entre le royaume Kongo et le Portugal au XVIe siècle ?
5. Quelle est la portée historique de cette lettre pour comprendre l'évolution du royaume Kongo ?
✓ Corrigé rédigé
Question 1 — Présentation du document
Réponse : Il s'agit d'une lettre diplomatique, écrite en 1526 par le roi Afonso Ier (Mvemba a Nzinga), souverain converti au christianisme du royaume Kongo, et adressée au roi Jean III de Portugal. Ce document s'inscrit dans le contexte des relations privilégiées établies entre le royaume Kongo et le Portugal depuis la fin du XVe siècle, marquées à la fois par des échanges diplomatiques et religieux et par le développement croissant de la traite des esclaves.
Question 2 — La situation dénoncée
Réponse : Afonso Ier dénonce les enlèvements massifs de sujets du royaume, y compris des nobles et des membres de sa propre famille, par des marchands portugais et leurs intermédiaires locaux, dans le cadre du commerce des esclaves. Il alerte le roi du Portugal sur l'ampleur de ce phénomène qui, selon lui, menace la survie même de son royaume.
Question 3 — Explication du passage
Réponse : Cette expression traduit l'ampleur démographique et sociale des ravages causés par la traite : le rythme des captures est tel, selon le roi, que la population du royaume diminue dangereusement, menaçant à terme sa capacité économique, militaire et politique. Ce constat alarmiste illustre la prise de conscience précoce d'un souverain africain face aux effets destructeurs de la traite négrière naissante.
Question 4 — Les rapports Kongo-Portugal
Réponse : Ce document révèle l'ambiguïté des relations entre les deux royaumes : d'un côté, une relation diplomatique et religieuse suivie (Afonso Ier, roi chrétien, s'adresse d'égal à égal au roi du Portugal), de l'autre, une relation commerciale de plus en plus déséquilibrée où les intérêts des marchands portugais et de leurs relais locaux l'emportent sur les demandes du souverain kongolais, qui peine à faire respecter sa volonté sur son propre territoire.
Question 5 — Portée historique
Réponse : Cette lettre témoigne du basculement du royaume Kongo d'une relation de coopération initiale avec les Portugais vers une dépendance croissante à l'égard de la traite négrière, malgré les tentatives du pouvoir royal pour la freiner. Elle éclaire ainsi les mutations économiques et sociales profondes que subit le royaume à partir du XVIe siècle, prélude à son affaiblissement politique et à son déclin progressif après la bataille de Mbwila en 1665.
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Le travail des enfants dans les usines anglaises
D'après un témoignage recueilli par la commission d'enquête britannique sur le travail des enfants, 1833
Document — D'après un témoignage recueilli par la commission d'enquête britannique sur le travail des enfants dans les manufactures (Factory Inquiry Commission, 1833)
Face aux abus dénoncés dans les usines textiles britanniques, le Parlement met en place en 1833 une commission d'enquête chargée d'auditionner des ouvriers, y compris des enfants. Voici, reconstitué à partir de témoignages recueillis à cette occasion, le récit d'un jeune ouvrier employé dans une filature de coton :
« J'ai commencé à travailler dans la filature à l'âge de sept ans. Nous entrions à cinq heures et demie du matin et ne sortions parfois qu'à huit heures du soir, avec seulement quarante minutes de repos dans la journée pour manger. Quand nous étions trop fatigués et que nous ralentissions le travail, le contremaître nous frappait pour nous réveiller. Beaucoup d'enfants s'endormaient debout devant les machines, et certains ont eu les doigts arrachés en les nettoyant pendant qu'elles tournaient encore. »
ConsignesCommentaire de texte historique
1. Présentez le document : nature, date et contexte de production.
2. Décrivez les conditions de travail des enfants évoquées dans ce témoignage.
3. Expliquez le passage : « certains ont eu les doigts arrachés en les nettoyant pendant qu'elles tournaient encore ».
4. En quoi ce document illustre-t-il les conséquences sociales de la première révolution industrielle ?
5. Quelle est la portée historique de ce type de témoignage et de la commission qui l'a recueilli ?
✓ Corrigé rédigé
Question 1 — Présentation du document
Réponse : Il s'agit d'un témoignage oral recueilli en 1833 par une commission d'enquête parlementaire britannique (Factory Inquiry Commission), chargée d'examiner les conditions de travail dans les manufactures textiles à l'époque de la première révolution industrielle. Ce type de document, l'audition de témoins par une commission officielle, permet de disposer de sources directes sur la réalité vécue par les ouvriers, y compris les enfants.
Question 2 — Les conditions de travail décrites
Réponse : Le témoignage décrit des journées de travail extrêmement longues (de 5h30 du matin à 20h le soir), commençant dès l'âge de sept ans, avec une unique pause de quarante minutes pour se restaurer. Le récit évoque également des châtiments corporels infligés par les contremaîtres pour maintenir la cadence de travail malgré l'épuisement des enfants.
Question 3 — Explication du passage
Réponse : Ce passage illustre la dangerosité extrême du travail auprès des machines industrielles : de jeunes enfants, épuisés par des horaires démesurés, étaient chargés de nettoyer des machines textiles en fonctionnement, sans dispositif de sécurité, ce qui provoquait fréquemment des accidents graves, notamment l'écrasement ou l'arrachement de doigts happés par les mécanismes en mouvement.
Question 4 — Les conséquences sociales de la révolution industrielle
Réponse : Ce document illustre concrètement les conséquences sociales douloureuses de la première révolution industrielle étudiées en cours : l'exploitation d'une main-d'œuvre nombreuse et peu protégée, y compris des enfants, au sein d'usines où la recherche de productivité l'emportait sur la sécurité et le bien-être des travailleurs, contrastant fortement avec l'enrichissement rapide de la bourgeoisie industrielle propriétaire de ces manufactures.
Question 5 — Portée historique
Réponse : Ce type de témoignage a contribué à révéler publiquement les abus du système industriel naissant et a alimenté les débats parlementaires qui aboutiront, dès 1833, au premier Factory Act britannique limitant l'âge minimum et la durée du travail des enfants dans les usines textiles. Ces témoignages marquent ainsi le point de départ d'une prise de conscience sociale qui conduira, tout au long du XIXe siècle, à l'adoption progressive d'une législation du travail protectrice.