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2nde C · Philosophie · 5 Sujets de dissertation corrigés · Programme officiel INRAP
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5 Sujets de Dissertation Corrigés

Philosophie · 2nde C · Un sujet par objectif général du programme officiel
Méthode : Introduction (accroche, problématisation, plan) — Développement (thèse, antithèse, synthèse) — Conclusion (bilan, avis personnel, ouverture)

5 sujets Corrigés intégraux Thèse / Antithèse / Synthèse Méthode officielle INRAP

📋 Table des matières — 5 sujets

1

Sujet de Dissertation — N°1

Le doute, point de départ de la pensée philosophique ?

OG 1
DouteRaisonCritique
Sujet

Douter de tout est-il le commencement de la philosophie ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Un élève qui, pour la première fois, se demande si ce qu'on lui a toujours enseigné est vraiment vrai, vit une expérience proche de celle du philosophe. Depuis l'Antiquité, de nombreux penseurs ont fait du doute une étape essentielle de leur démarche, au point que certains ont voulu tout remettre en question avant d'affirmer quoi que ce soit. Cette attitude interroge : suffit-il de douter pour philosopher ?
Problématisation.Douter, c'est refuser d'accepter une idée sans l'examiner. Or la philosophie naît précisément d'un refus des opinions reçues sans réflexion, de ce que l'on appelle les préjugés. Mais douter de tout n'est-ce pas risquer de ne plus rien pouvoir affirmer, de sombrer dans une incertitude stérile ? Le doute est-il vraiment le commencement de la philosophie, ou n'en est-il qu'un moment, une étape qui doit être dépassée ?
Annonce du plan.Nous montrerons d'abord que le doute est bien à l'origine de toute pensée philosophique authentique, avant d'examiner les limites d'un doute permanent, pour enfin comprendre le rôle précis que le doute occupe dans la recherche de la vérité.

II. Développement

Thèse.Philosopher, c'est d'abord s'étonner et remettre en cause ce que l'on croyait acquis. Socrate, dans l'Antiquité grecque, interrogeait sans relâche ses concitoyens pour révéler que leurs certitudes reposaient souvent sur des opinions non examinées, des habitudes ou des traditions jamais interrogées. Plus tard, au dix-septième siècle, René Descartes proposera de douter méthodiquement de toutes ses connaissances, y compris de celles qui semblent les plus évidentes, afin de ne conserver que ce qui résiste à cet examen rigoureux. Dans les deux cas, le doute apparaît comme un outil qui libère l'esprit des idées reçues et ouvre la voie à une pensée personnelle et raisonnée. Sans ce mouvement de remise en question, on resterait prisonnier des opinions transmises par l'éducation, la coutume ou l'autorité, sans jamais penser par soi-même.
Antithèse.Pourtant, douter de tout, en permanence et sans fin, peut devenir un obstacle plutôt qu'un progrès. Si l'on refuse d'accorder la moindre confiance à quoi que ce soit, on risque de ne jamais pouvoir agir, ni même communiquer avec autrui, puisque toute affirmation devient suspecte. Certains penseurs de l'Antiquité, appelés sceptiques, ont ainsi fait du doute une fin en soi, une attitude permanente de suspension du jugement. Mais cette position extrême conduit à une forme de paralysie de la pensée et de l'action : un doute qui ne débouche jamais sur rien n'est plus une méthode, il devient un renoncement à connaître. De plus, dans la vie quotidienne, il faut bien admettre certaines vérités simples, comme le fait que deux et deux font quatre, sans quoi aucune science ni aucune vie en société ne seraient possibles.
Synthèse.En réalité, le doute véritablement philosophique n'est ni un rejet définitif de toute vérité, ni une simple habitude de méfiance : c'est une étape méthodique destinée à être dépassée. Descartes lui-même ne s'arrête pas au doute : il l'utilise comme un instrument pour atteindre ensuite des vérités solides sur lesquelles reconstruire sa pensée. Le doute est donc le commencement de la philosophie au sens où il ouvre l'esprit et le libère des préjugés, mais il n'en est pas l'aboutissement : la philosophie vise, au-delà du doute, la recherche active de la vérité et l'usage réfléchi de la raison.

III. Conclusion

Bilan.Douter de tout permet donc bien d'entrer en philosophie, car c'est ce geste qui arrache la pensée à la routine des opinions non examinées. Mais un doute qui ne serait jamais suivi d'une recherche de vérité resterait stérile et contraire à l'esprit même de la philosophie.
Point de vue personnel.Il me semble que le doute doit être compris comme un point de départ nécessaire, une discipline de l'esprit à exercer face à toute affirmation trop rapide, mais jamais comme un but en soi : philosopher, c'est douter pour mieux comprendre, non douter pour ne rien affirmer.
Ouverture.On peut alors se demander si, à l'époque des réseaux sociaux et de l'abondance des informations, apprendre à douter avec méthode ne serait pas une compétence plus utile encore qu'au temps de Socrate ou de Descartes.
2

Sujet de Dissertation — N°2

Connaître ou se transformer : quel but pour la philosophie ?

OG 2
ConnaissanceSagesseAction
Sujet

La philosophie a-t-elle pour but la connaissance, ou l'action sur soi-même ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Lorsqu'un élève étudie la philosophie, cherche-t-il seulement à accumuler des connaissances sur les grands penseurs, ou espère-t-il aussi apprendre à mieux se conduire dans sa vie ? Cette hésitation traverse l'histoire même de la discipline, qui a tour à tour été présentée comme une science du savoir et comme un art de vivre.
Problématisation.Le mot philosophie signifie étymologiquement amour de la sagesse, ce qui semble déjà indiquer une double orientation : la sagesse suppose un savoir, mais elle suppose aussi une manière de vivre conforme à ce savoir. Faut-il alors considérer que la philosophie vise avant tout à connaître le monde, l'être humain et les valeurs, ou faut-il au contraire penser qu'elle vise surtout à transformer celui qui philosophe, à changer sa manière d'être ?
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que la philosophie se présente comme une recherche de connaissance, avant de montrer qu'elle vise également, et peut-être surtout, une transformation de soi, pour enfin comprendre comment ces deux buts s'articulent en réalité.

II. Développement

Thèse.De nombreux philosophes ont d'abord cherché à connaître : Aristote, dans l'Antiquité, a voulu classer les savoirs, comprendre la nature, les êtres vivants, la logique du raisonnement, et fonder ainsi plusieurs disciplines scientifiques. La philosophie apparaît alors comme une activité de la raison qui cherche à expliquer le monde, à distinguer le vrai du faux, à construire des concepts rigoureux. Sous cet angle, philosopher revient à chercher inlassablement la vérité sur des questions comme l'existence, la justice ou la connaissance elle-même, un peu à la manière d'une science qui progresse par l'examen critique des idées.
Antithèse.Cependant, d'autres courants montrent que la philosophie ne se réduit pas à un savoir théorique détaché de la vie. Chez les penseurs stoïciens et épicuriens de l'Antiquité, philosopher signifiait avant tout apprendre à vivre mieux, à maîtriser ses désirs, à affronter les épreuves de l'existence avec sérénité. Socrate lui-même refusait d'écrire de grands traités théoriques et préférait interroger ses concitoyens sur leur propre manière de vivre, cherchant moins à leur transmettre un savoir tout fait qu'à les transformer intérieurement. Dans cette perspective, une connaissance qui ne changerait rien à la conduite de celui qui la possède resterait un savoir vain, presque inutile pour l'existence réelle.
Synthèse.En vérité, ces deux buts ne s'opposent pas mais se complètent : la connaissance et la transformation de soi sont les deux faces d'une même démarche philosophique. Comprendre le monde, la justice ou la condition humaine n'a de sens que si cette compréhension oriente ensuite nos choix et notre conduite ; inversement, aucune transformation de soi sérieuse n'est possible sans un minimum de réflexion et de connaissance sur soi-même et sur le monde qui nous entoure. La philosophie apparaît alors comme un savoir qui vise, par nature, à se prolonger en sagesse pratique.

III. Conclusion

Bilan.La philosophie n'a donc pas à choisir entre connaître et se transformer : elle est recherche de vérité, mais une recherche qui, pour être pleinement philosophique, doit éclairer et transformer la manière dont on mène sa propre vie.
Point de vue personnel.Je pense qu'une philosophie purement théorique, coupée de toute application à l'existence, perdrait une grande partie de son intérêt ; c'est bien parce qu'elle nous aide à mieux vivre que la réflexion philosophique garde toute sa valeur, aujourd'hui comme hier.
Ouverture.On peut alors se demander si, face aux défis actuels de nos sociétés, la philosophie ne devrait pas retrouver davantage cette dimension pratique et morale, au-delà du seul enseignement théorique dispensé dans les classes.
3

Sujet de Dissertation — N°3

Du mythe à la raison

OG 3
MytheLogosOrigine
Sujet

La philosophie est-elle née d'une rupture avec le mythe ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Depuis toujours, l'être humain s'interroge sur l'origine du monde et sur sa propre place dans l'univers. Avant l'apparition des premiers penseurs grecs, ces questions trouvaient leurs réponses dans les récits mythologiques et religieux, transmis de génération en génération. Puis, en Grèce, aux alentours du VIe siècle avant notre ère, un nouveau type de discours apparaît : celui des philosophes, qui prétendent expliquer le monde par la raison plutôt que par le récit fabuleux.
Problématisation.Cette apparition de la philosophie doit-elle être comprise comme une rupture radicale avec le mythe, ou bien comme un simple prolongement de celui-ci sous une forme nouvelle ? Peut-on vraiment séparer nettement le muthos et le logos, alors que la philosophie continue de s'interroger sur les mêmes grandes questions que le mythe ?
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que la philosophie semble bien naître d'une rupture avec le mythe (I), avant d'examiner les raisons de penser qu'elle en est plutôt un prolongement (II), pour enfin proposer une synthèse de ces deux positions (III).

II. Développement

Thèse.La philosophie naît d'une rupture avec le mythe. Le mythe, qu'il soit cosmogonique, théogonique, anthropologique ou eschatologique, explique l'origine du monde, des dieux, de l'homme ou la fin des temps par des récits mettant en scène des puissances surnaturelles, sans jamais chercher à les prouver ni à les discuter : ils s'imposent par la tradition et la croyance, qu'elle soit polythéiste, monothéiste ou totémique. Or, les premiers philosophes grecs, comme Thalès ou Anaximandre, cherchent au contraire à expliquer le monde par des causes naturelles et rationnelles, accessibles à la raison humaine et soumises à la discussion critique. On parle alors du passage du muthos au logos : le récit imagé cède la place à l'argumentation rationnelle, qui peut être vérifiée, discutée et remise en cause. C'est cette exigence de preuve et de débat rationnel qui semble bien marquer une véritable coupure avec la pensée mythique.
Antithèse.Pourtant, on peut objecter que la philosophie ne rompt pas totalement avec le mythe, mais le prolonge et le retravaille. D'abord, la raison philosophique ne naît pas de rien : bien avant les Grecs, des civilisations orientales comme l'Égypte, la Chine du confucianisme ou l'Inde du bouddhisme avaient déjà développé des réflexions rationnelles et morales approfondies sur l'homme et le monde, ce qui relativise l'idée d'un « miracle grec » totalement original. Ensuite, les philosophes grecs continuent de poser les mêmes questions que les mythes : d'où vient le monde ? Qu'est-ce que la justice ? Que devient l'âme après la mort ? Platon lui-même n'hésite pas à utiliser des mythes, comme celui de la caverne ou celui d'Er, pour exposer ses idées philosophiques. La philosophie apparaît donc aussi comme une réinterprétation rationnelle des interrogations que le mythe posait déjà, dans un contexte social, politique et culturel particulier : celui des cités grecques où se développent le débat public et l'agora.
Synthèse.En réalité, la philosophie se distingue du mythe non pas tant par les questions qu'elle pose que par la méthode qu'elle emploie pour y répondre. Là où le mythe raconte et impose une croyance, la philosophie argumente, doute, vérifie et accepte d'être contredite. Elle hérite donc des grandes questions du mythe, mais elle change radicalement la manière de les traiter, en instaurant un rapport critique et rationnel au monde, rendu possible par les conditions sociales et politiques propres à la Grèce antique.

III. Conclusion

Bilan.La philosophie n'est donc ni une rupture totale ni une simple continuité du mythe : elle naît d'une transformation profonde de la manière de penser, qui conserve certaines questions du mythe tout en inventant une méthode nouvelle, fondée sur la raison et l'argumentation.
Point de vue personnel.Il me semble que cette naissance de la philosophie reste précieuse aujourd'hui encore, car elle nous rappelle que face à une croyance ou une affirmation, il est toujours possible et nécessaire de demander des raisons, plutôt que d'accepter une explication simplement parce qu'elle est ancienne ou répétée.
Ouverture.On peut alors se demander si, dans nos sociétés actuelles, les mythes ont réellement disparu, ou s'ils ne survivent pas sous d'autres formes, par exemple à travers certaines croyances véhiculées sans esprit critique par les médias ou les réseaux sociaux.
4

Sujet de Dissertation — N°4

L'ontologie négro-africaine face à la tradition grecque

OG 4
ÊtreOntologieTradition africaine
Sujet

Existe-t-il une conception proprement africaine de l'être ? Vous répondrez à cette question dans une dissertation structurée, en vous appuyant sur les apports de la philosophie grecque (cosmogonie, ontologie, anthropologie, théologie) et sur les traditions de pensée africaines.

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Depuis l'Antiquité, l'être humain s'interroge sur ce qui existe véritablement : qu'est-ce qu'être ? Les philosophes grecs ont posé cette question de façon systématique, en forgeant les concepts de substance, d'essence et de devenir. Mais bien avant l'écriture de traités savants, les sages, les griots et les initiés africains interrogeaient déjà, à travers les mythes, les rites et la parole, le sens de l'existence, de la vie, des ancêtres et de la force qui anime toute chose. Peut-on alors parler d'une pensée africaine de l'être aussi rigoureuse que celle des Grecs, ou bien l'ontologie serait-elle une invention exclusivement occidentale ?
Problématisation.La tradition philosophique grecque, de Parménide à Aristote, a longtemps prétendu détenir le monopole de la réflexion rationnelle sur l'être, reléguant les autres cultures du côté du mythe ou de la simple « vision du monde ». Or des penseurs africains comme l'abbé Alexis Kagame ou Fabien Eboussi Boulaga ont tenté de montrer qu'il existait, chez les peuples bantous notamment, une véritable ontologie, fondée sur d'autres catégories que la substance. Mais peut-on affirmer qu'il existe UNE conception africaine de l'être, unique et homogène, sans tomber dans l'essentialisme qui consisterait à enfermer l'Afrique dans une identité figée ? L'être est-il un problème universel de la raison, identique pour tout homme quelle que soit sa culture, ou bien chaque civilisation en propose-t-elle une élaboration originale et légitime ?
Annonce du plan.Nous montrerons d'abord qu'il existe une conception africaine originale de l'être, fondée sur la force vitale et la communauté (I). Nous verrons ensuite les limites et les risques de cette prétention, qui peut sombrer dans l'essentialisme et ignorer l'universalité de la question ontologique (II). Nous proposerons enfin une synthèse selon laquelle l'être peut être pensé de façon plurielle, chaque tradition éclairant une face de l'interrogation universelle sur l'existence (III).

II. Développement

Thèse.De nombreux travaux montrent qu'il existe bien une pensée africaine originale de l'être. L'abbé rwandais Alexis Kagame, s'inspirant des catégories bantoues, a mis en évidence le système du NTU : Muntu (l'homme, l'être doué de force et d'intelligence), Kintu (la chose), Hantu (le lieu et le temps) et Kuntu (la modalité). Dans cette ontologie, l'être n'est pas d'abord une substance immobile comme chez Aristote, mais une force vitale en perpétuelle relation avec les autres forces : ancêtres, vivants, esprits, nature. Chez les Dogons du Mali, la cosmogonie recueillie par Marcel Griaule associe l'origine du monde à la parole du dieu Amma et au génie Nommo, faisant de la parole et du verbe le principe même de l'existence et de la vie sociale. On retrouve également, dans de nombreuses sociétés bantoues et notamment congolaises, l'idée que l'individu n'existe véritablement que par sa communauté et ses ancêtres, résumée par la formule bantoue de l'ubuntu : « je suis parce que nous sommes ». Cette anthropologie relationnelle de l'être s'oppose au cogito cartésien isolé et propose une véritable théologie et une véritable ontologie enracinées dans la tradition orale africaine. Eboussi Boulaga, tout en critiquant les excès de « La philosophie bantoue » de Tempels, a lui-même contribué à construire un discours philosophique africain authentique sur l'être et la libération.
Antithèse.Cette thèse rencontre pourtant de sérieuses objections. D'abord, la philosophie grecque de l'être ne se réduit pas à une production culturelle particulière : elle se veut universelle et rationnelle. Parménide distingue logiquement l'être du non-être, en affirmant que seul l'être est pensable, quelle que soit la culture du penseur. Héraclite, de son côté, conçoit l'être comme devenir perpétuel (le fameux « tout coule »), une intuition qui rejoint d'ailleurs, sur un autre plan, l'idée africaine de force en mouvement. Aristote élabore une science de « l'être en tant qu'être », les catégories de substance, de quantité, de qualité, qui prétendent s'appliquer à toute réalité pensable, non à un peuple particulier. Ensuite, des philosophes comme Paulin Hountondji ont critiqué sévèrement l'« ethnophilosophie » de Tempels et de Kagame, lui reprochant de réduire la pensée africaine à une mentalité collective et anonyme, niée dans sa capacité à produire une réflexion individuelle, critique et rationnelle — ce qui reconduirait, sous une forme flatteuse, le vieux préjugé colonial d'un « esprit africain » unique et figé. Enfin, l'Afrique compte des centaines de peuples (Bantous, Dogons, Yoruba, Kongo, Téké...) aux cosmogonies très diverses : peut-on vraiment parler d'UNE conception africaine de l'être, sans effacer cette pluralité ?
Synthèse.La véritable question n'est donc pas d'opposer une ontologie grecque universelle à une simple vision du monde africaine, mais de reconnaître que toute culture humaine, confrontée au mystère de l'existence, élabore sa propre réflexion philosophique sur l'être, avec ses concepts propres : la substance et l'essence pour les Grecs, la force vitale et le Ntu pour les peuples bantous, la parole et le Nommo pour les Dogons. La philosophie n'est pas un monopole grec : Kagame lui-même utilise les catégories aristotéliciennes comme un outil pour formaliser rigoureusement la pensée bantoue, ce qui montre un dialogue fécond plutôt qu'une opposition irréductible. L'être peut ainsi être approché par la voie de la raison abstraite, comme chez les Grecs, et par la voie de l'expérience vécue, communautaire et relationnelle, comme dans de nombreuses traditions africaines : les deux voies sont légitimes et se complètent. Il existe donc bien des ontologies africaines, plurielles et évolutives, de Tempels à Kagame puis à Eboussi Boulaga et Hountondji, en dialogue critique avec la tradition occidentale, plutôt qu'une essence figée et unique.

III. Conclusion

Bilan.Il n'existe pas une ontologie africaine homogène opposée en bloc à l'ontologie grecque, mais il existe bien des élaborations philosophiques africaines de l'être, riches et diverses (bantoue, dogon...), qui dialoguent avec les questions universelles également posées par les Grecs.
Point de vue personnel.Il me semble plus juste de parler d'apports africains à la réflexion universelle sur l'être plutôt que d'une « ontologie africaine » séparée et figée : cette formulation évite à la fois de nier le génie philosophique africain et de l'enfermer dans un folklore essentialiste.
Ouverture.Cette réflexion invite à se demander si la philosophie elle-même peut être culturellement particulière ou si la raison est par nature universelle, question qui rejoint le débat contemporain sur la décolonisation des programmes de philosophie et la place des savoirs africains dans l'enseignement.
5

Sujet de Dissertation — N°5

Bonheur et vertu : un lien nécessaire ou contingent ?

OG 5
BonheurVertuMorale
Sujet

Peut-on être heureux sans être vertueux ? Vous discuterez cette question dans une dissertation structurée, en vous appuyant notamment sur les doctrines stoïcienne, épicurienne et sceptique.

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Chacun aspire au bonheur, mais faut-il être un homme de bien pour l'atteindre ? Dans la vie de tous les jours, on rencontre parfois des personnes malhonnêtes, égoïstes ou cyniques qui semblent pourtant satisfaites de leur existence, tandis que des personnes justes et généreuses connaissent le malheur et l'infortune. Ce constat troublant a nourri, depuis l'Antiquité, une grande partie de la réflexion morale des philosophes.
Problématisation.L'opinion commune tend à séparer le bonheur, souvent associé aux plaisirs et aux biens extérieurs (richesse, santé, réputation), de la vertu, qui suppose un effort moral parfois contraignant. Pourtant, plusieurs écoles philosophiques antiques, en particulier le stoïcisme, ont soutenu que la vertu était la condition nécessaire, et même suffisante, du bonheur véritable. Faut-il alors admettre qu'il existe un lien nécessaire entre être heureux et être vertueux, ou peut-on, comme le suggèrent certaines lectures de l'épicurisme et du scepticisme, atteindre une forme de bonheur sans se soucier de la vertu, par la seule recherche habile du plaisir ou par le détachement à l'égard du jugement moral ?
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que, selon les stoïciens, le bonheur exige nécessairement la vertu (I). Nous montrerons ensuite que d'autres doctrines, comme l'épicurisme populaire et le scepticisme, semblent permettre d'être heureux sans être vertueux (II). Nous proposerons enfin une synthèse selon laquelle le bonheur véritable et durable suppose toujours une forme de sagesse ou de maîtrise de soi, apparentée à la vertu, même lorsqu'elle ne se confond pas avec la morale conventionnelle (III).

II. Développement

Thèse.Pour les stoïciens (Zénon de Cition, Épictète, Sénèque, Marc Aurèle), le bonheur consiste à vivre en accord avec la raison et la nature, et la vertu constitue le seul bien véritable. Les biens extérieurs — richesse, santé, réputation — sont déclarés « indifférents », car ils ne dépendent pas entièrement de nous et ne peuvent donc garantir le bonheur. Seul l'homme vertueux, le sage, est véritablement libre et heureux, car il ne fait dépendre son bonheur que de ce qui est en son pouvoir : ses jugements, ses désirs, ses actions, selon la fameuse dichotomie du contrôle défendue par Épictète. Le vice, à l'inverse, asservit l'âme aux passions et rend malheureux, même celui qui paraît extérieurement prospère. Pour les stoïciens, la vertu n'est donc pas un simple moyen parmi d'autres d'être heureux : elle en est la condition nécessaire et suffisante.
Antithèse.Pourtant, l'expérience quotidienne semble contredire cette thèse : certaines personnes que l'on jugerait peu vertueuses paraissent malgré tout satisfaites, jouissant de plaisirs, de richesse ou de pouvoir. L'épicurisme, souvent réduit dans l'opinion commune à la simple recherche du plaisir immédiat, semble accréditer l'idée qu'il suffit de calculer habilement ses plaisirs pour être heureux, sans se soucier d'une vertu morale au sens strict. De même, les sceptiques (Pyrrhon, Sextus Empiricus) recherchaient l'ataraxie, la tranquillité de l'âme, non par la pratique de la vertu, mais par la suspension du jugement (épochè) sur ce qui est bien ou mal : en refusant de trancher sur les valeurs morales, le sage sceptique échappe aux tourments du jugement moral lui-même. Ces deux doctrines suggèrent donc qu'un chemin vers le bonheur peut exister en dehors de la vertu proprement dite, par la gestion habile du plaisir ou par le doute radical à l'égard de toute norme morale.
Synthèse.Ce bonheur apparent des personnes peu vertueuses reste cependant souvent fragile et superficiel : il dépend de circonstances extérieures instables et s'accompagne fréquemment de peurs, d'inquiétudes ou d'insatisfactions cachées, bien différentes du bonheur profond et durable (l'eudaimonia) recherché par les philosophes. D'ailleurs, Épicure lui-même exigeait la prudence (phronèsis), qu'il qualifiait de mère de toutes les vertus, pour savoir distinguer les plaisirs naturels et nécessaires des désirs vains et dangereux : une forme de vertu, entendue comme sagesse pratique, réapparaît donc au cœur même de l'éthique épicurienne, pourtant réputée hédoniste. De même, l'ataraxie recherchée par les sceptiques suppose une discipline intérieure, une maîtrise du jugement et une modération qui s'apparentent, elles aussi, à une vertu. Ainsi, dans toutes ces écoles, une forme de vertu — entendue largement comme sagesse, maîtrise de soi ou modération — apparaît finalement comme une condition du bonheur stable, même si elle ne se réduit pas à la vertu morale conventionnelle (honnêteté, justice envers autrui).

III. Conclusion

Bilan.Si l'on suit les grandes doctrines antiques, le bonheur compris comme un état stable et profond, et non comme un simple plaisir passager, peut difficilement être totalement séparé de la vertu, entendue au sens large de sagesse et de maîtrise de soi, même si cette vertu ne se confond pas nécessairement avec la morale conventionnelle.
Point de vue personnel.Je pense que l'on peut connaître des joies ou des plaisirs passagers sans être vertueux, mais qu'un bonheur véritable et durable suppose une forme d'harmonie intérieure et de maîtrise de soi qui s'apparente, sous une forme ou une autre, à la vertu.
Ouverture.Cette réflexion invite à se demander si le bonheur doit être la finalité de la morale, ou si la vertu doit au contraire être recherchée pour elle-même, indépendamment de toute récompense, comme le soutiendra plus tard Kant en critiquant l'eudémonisme et en défendant l'idée d'un devoir accompli pour le devoir.