Le Moyen-Orient désigne la vaste région qui s'étend de l'Égypte à l'Iran, entre la Méditerranée, la mer Rouge et le golfe Persique. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette région relativement petite par sa superficie occupe une place disproportionnée dans les relations internationales. Pendant toute la Guerre froide (1947-1991), elle est devenue l'un des terrains privilégiés de la rivalité entre les États-Unis et l'URSS, chacun cherchant à y étendre son influence sans provoquer un affrontement direct.
Géostratégie : étude des rapports entre la géographie d'un espace (position, ressources, voies de communication) et les stratégies politiques et militaires des puissances qui cherchent à le contrôler ou à s'y implanter.
Moyen-Orient : région qui regroupe notamment l'Égypte, Israël, la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie, l'Irak, l'Arabie saoudite, les monarchies du Golfe, l'Iran et la Turquie.
Le Moyen-Orient occupe une position de charnière entre l'Afrique, l'Asie et l'Europe. Cette situation en fait, depuis l'Antiquité, un point de passage obligé pour le commerce et les invasions. Le canal de Suez, ouvert en 1869 et reliant la Méditerranée à la mer Rouge, permet d'éviter le contournement de l'Afrique et reste une des voies maritimes les plus fréquentées au monde. Plus à l'est, le détroit d'Ormuz, à l'entrée du golfe Persique, est le passage obligé d'une grande partie du pétrole exporté par les pays du Golfe.
Le Moyen-Orient est le berceau des trois grandes religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l'islam. Jérusalem, ville sainte pour les trois religions, cristallise à elle seule les tensions religieuses et politiques de la région. À cette diversité religieuse s'ajoute une grande diversité de peuples (Arabes, Juifs, Perses, Turcs, Kurdes), ce qui rend la région particulièrement complexe sur le plan identitaire et politique.
Outre le canal de Suez et le détroit d'Ormuz, la région est parcourue par un réseau dense d'oléoducs et de gazoducs qui acheminent les hydrocarbures vers les ports méditerranéens et le golfe Persique. Le contrôle de ces voies de passage est donc un enjeu stratégique de premier plan pour les grandes puissances comme pour les compagnies pétrolières.
Pendant la Guerre froide, les États-Unis et l'URSS ont cherché chacun à s'assurer des alliés dans la région : les États-Unis soutiennent Israël ainsi que l'Arabie saoudite et l'Iran du Chah, tandis que l'URSS appuie l'Égypte nassérienne, la Syrie et l'Irak par des livraisons d'armes et une aide économique. Cette rivalité transforme chaque crise régionale en un test de force indirect entre les deux blocs.
La diversité des régimes politiques accentue les tensions : monarchies pétrolières du Golfe, républiques nationalistes arabes (Égypte, Syrie, Irak), démocratie parlementaire en Israël. À cette diversité politique s'ajoutent des clivages confessionnels, notamment entre musulmans sunnites et chiites, qui traversent plusieurs États de la région.
Le Moyen-Orient renferme les plus importantes réserves mondiales de pétrole. Cette richesse fait de la région un enjeu économique vital pour les pays industrialisés, dépendants des importations pétrolières, en particulier après 1945.
Le pétrole du Moyen-Orient représente, dans les années 1970, plus des deux tiers des réserves mondiales connues. Les économies occidentales, fortement dépendantes de cet approvisionnement, cherchent à sécuriser leurs relations avec les pays producteurs. L'URSS, de son côté, tente de profiter des tensions israélo-arabes pour renforcer son influence auprès des régimes arabes nationalistes. Le pétrole devient ainsi à la fois un enjeu économique et une arme diplomatique, comme le montrera l'embargo décrété par les pays arabes de l'OPEP en 1973.
Causes : les tensions israélo-arabes, jamais apaisées depuis la création d'Israël en 1948 et la crise de Suez de 1956, s'aggravent au printemps 1967. L'Égypte de Nasser ferme le détroit de Tiran à la navigation israélienne, exige le retrait des Casques bleus du Sinaï et mobilise ses troupes aux côtés de la Syrie et de la Jordanie.
Manifestations : le 5 juin 1967, Israël lance une attaque préventive qui détruit au sol l'essentiel de l'aviation égyptienne. En six jours (5-10 juin 1967), l'armée israélienne remporte une victoire éclair sur l'Égypte, la Jordanie et la Syrie.
Conséquences : Israël occupe le Sinaï et la bande de Gaza (pris à l'Égypte), la Cisjordanie et Jérusalem-Est (pris à la Jordanie) ainsi que le plateau du Golan (pris à la Syrie). L'ONU adopte la résolution 242, qui prône le retrait des territoires occupés en échange d'une paix durable, mais celle-ci ne sera que partiellement appliquée. La défaite humilie les régimes arabes nationalistes et provoque un nouvel afflux de réfugiés palestiniens.
La Guerre des Six Jours illustre à elle seule le basculement du Moyen-Orient dans la logique de la Guerre froide : les pertes matérielles égyptiennes et syriennes sont aussitôt compensées par des livraisons d'armes soviétiques, tandis qu'Israël resserre ses liens avec Washington. Le conflit local devient ainsi un enjeu de crédibilité pour les deux superpuissances.
Causes : la création de l'État d'Israël en 1948, à la suite du plan de partage de la Palestine voté par l'ONU en 1947 et de la première guerre israélo-arabe (1948-1949), puis l'extension des territoires occupés après 1967.
Manifestations : environ 700 000 Palestiniens fuient ou sont contraints de quitter leurs terres en 1948 ; de nouveaux départs ont lieu après 1967. Des camps de réfugiés s'installent durablement en Jordanie, au Liban, en Syrie, à Gaza et en Cisjordanie.
Conséquences : la question des réfugiés reste sans solution et alimente durablement le conflit israélo-arabe. L'Organisation de libération de la Palestine (OLP), fondée en 1964, devient le principal porte-voix de la cause palestinienne. La présence de nombreux réfugiés déstabilise les pays d'accueil, comme le montre la crise de « Septembre noir » en Jordanie en 1970.
Causes : l'Égypte du président Sadate et la Syrie veulent reconquérir par les armes les territoires perdus en 1967, après l'échec des tentatives diplomatiques.
Manifestations : le 6 octobre 1973, jour de la fête juive du Kippour, l'Égypte et la Syrie lancent une attaque surprise contre Israël. Après des succès initiaux, les forces israéliennes, ravitaillées en urgence par les États-Unis, reprennent l'avantage. Un cessez-le-feu est imposé sous la pression conjointe de Washington et de Moscou.
Conséquences : en représailles au soutien occidental à Israël, les pays arabes membres de l'OPEP décrètent un embargo pétrolier et quadruplent le prix du baril : c'est le premier choc pétrolier de 1973, qui plonge les économies occidentales dans une grave crise économique. Le conflit ouvre aussi la voie à des négociations, aboutissant aux accords de Camp David (1978) puis au traité de paix israélo-égyptien (1979).
Causes : l'enlisement du conflit israélo-palestinien et l'absence de perspective politique poussent certains groupes à recourir à des actions violentes pour faire entendre leur cause sur la scène internationale.
Manifestations : détournements d'avions, prises d'otages, dont la plus retentissante reste la prise d'otages des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972.
Conséquences : ces actions internationalisent le conflit et lui donnent un fort retentissement médiatique, mais elles suscitent aussi la condamnation de la communauté internationale et compliquent encore la recherche d'une solution négociée.
| Guerre | Dates | Belligérants | Issue / conséquence principale |
|---|---|---|---|
| Guerre israélo-arabe | 1948-1949 | Israël contre l'Égypte, la Jordanie, la Syrie, l'Irak, le Liban | Victoire d'Israël ; premier exode massif de réfugiés palestiniens |
| Guerre des Six Jours | 5-10 juin 1967 | Israël contre l'Égypte, la Jordanie, la Syrie | Victoire éclair d'Israël ; occupation du Sinaï, de la Cisjordanie, de Gaza et du Golan |
| Guerre du Kippour | 6-25 octobre 1973 | Égypte et Syrie contre Israël | Cessez-le-feu sous pression internationale ; choc pétrolier de 1973 |
Citez et expliquez brièvement quatre facteurs qui font du Moyen-Orient une région géostratégique majeure.
Classez chacun des éléments suivants dans la catégorie qui convient (cause, manifestation ou conséquence) : a) fermeture du détroit de Tiran par l'Égypte ; b) attaque aérienne préventive israélienne du 5 juin 1967 ; c) occupation du Sinaï, de la Cisjordanie et du Golan ; d) mobilisation des troupes égyptiennes, jordaniennes et syriennes ; e) adoption de la résolution 242 de l'ONU.
Expliquez, en quelques phrases, comment la Guerre du Kippour (octobre 1973) a débouché sur le premier choc pétrolier. Vous préciserez le rôle des pays arabes membres de l'OPEP et les conséquences économiques pour les pays occidentaux.
Après l'attaque égypto-syrienne du 6 octobre 1973, les États-Unis apportent un soutien matériel décisif à Israël, ce qui permet à ce dernier de reprendre l'avantage militaire. En représailles à ce soutien occidental, les pays arabes producteurs de pétrole, membres de l'OPEP, décident d'utiliser leurs ressources comme une arme diplomatique : ils décrètent un embargo pétrolier contre les pays soutenant Israël et décident de quadrupler le prix du baril de pétrole. Cette décision provoque une crise économique majeure dans les pays industrialisés, très dépendants des importations pétrolières du Moyen-Orient : hausse générale des prix, ralentissement de la croissance, chômage. Cet épisode, appelé « premier choc pétrolier », montre que le Moyen-Orient dispose désormais d'un véritable levier économique sur la scène mondiale, en plus de son importance géostratégique.
Document — Extrait (résumé) de la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 22 novembre 1967 : « Le Conseil de sécurité [...] souligne l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d'œuvrer pour une paix juste et durable [...] Affirme que l'accomplissement des principes de la Charte exige l'instauration d'une paix juste et durable [...] qui devrait comprendre l'application des deux principes suivants : i) Retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ; ii) Cessation de toutes les revendications ou de tous les états de belligérance [...] et reconnaissance de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque État de la région. »
Questions :
Sujet : « Rédigez une dissertation historique sur le sujet suivant : Montrez en quoi le Moyen-Orient a été, entre 1947 et 1975, un enjeu majeur des relations Est-Ouest. »
Vous construirez une introduction avec problématique et annonce du plan, un développement organisé en deux axes, et une conclusion.
Introduction — Entre 1947 et 1975, le Moyen-Orient, région charnière entre trois continents et riche en pétrole, devient l'un des théâtres majeurs de la Guerre froide qui oppose les États-Unis et l'URSS. Comment ce foyer de crises régionales s'est-il transformé en un enjeu de rivalité entre les deux superpuissances ? Nous montrerons d'abord que le Moyen-Orient est un espace disputé par les deux blocs, avant d'étudier comment les crises israélo-arabes ont servi de terrain d'affrontement indirect entre l'Est et l'Ouest.
I. Un espace stratégique disputé par les deux blocs — Dès la création de l'État d'Israël en 1948, les États-Unis et l'URSS cherchent des relais d'influence dans la région. Washington soutient Israël, l'Arabie saoudite et l'Iran du Chah, tandis que Moscou se rapproche de l'Égypte de Nasser, de la Syrie et de l'Irak, auxquels elle fournit armes et aide économique. Le pétrole du Golfe, vital pour les économies occidentales, et les voies de passage comme le canal de Suez, renforcent l'intérêt des deux camps pour la région. La crise de Suez de 1956 illustre déjà cette dimension internationale du conflit local.
II. Les crises israélo-arabes, terrain d'affrontement indirect Est-Ouest — La Guerre des Six Jours (1967) voit les armées égyptienne, jordanienne et syrienne, équipées par l'URSS, vaincues par Israël, soutenu diplomatiquement par les États-Unis. Les pertes matérielles arabes sont aussitôt compensées par de nouvelles livraisons soviétiques. En 1973, la Guerre du Kippour confirme cette logique : le ravitaillement militaire américain permet à Israël de reprendre l'avantage, tandis que Washington et Moscou imposent conjointement le cessez-le-feu, par crainte d'un engrenage nucléaire. La crise débouche sur le premier choc pétrolier, qui donne aux pays arabes producteurs une arme économique inédite, montrant que le Moyen-Orient pèse désormais directement sur l'équilibre mondial.
Conclusion — Entre 1947 et 1975, le Moyen-Orient cesse d'être un simple théâtre de conflits régionaux pour devenir un enjeu à part entière des relations Est-Ouest : les deux superpuissances y arment leurs alliés respectifs, y limitent leurs risques d'affrontement direct et y mesurent leur influence mondiale. Cette dimension internationale du conflit israélo-arabe explique la difficulté persistante à trouver une solution durable à la question palestinienne.
Quelle voie maritime relie la Méditerranée à la mer Rouge ?
Le Moyen-Orient est le berceau de quelles religions monothéistes ?
En quelle année a eu lieu la Guerre des Six Jours ?
Quels territoires Israël occupe-t-il à l'issue de la Guerre des Six Jours ?
Quelle organisation est fondée en 1964 pour porter la cause des réfugiés palestiniens ?
Quel événement déclenche la Guerre du Kippour en octobre 1973 ?
Quelle est la principale conséquence économique mondiale de la Guerre du Kippour ?
Quels pays soutiennent respectivement Israël et l'Égypte/la Syrie pendant la Guerre froide ?
Quelle résolution de l'ONU, adoptée après la Guerre des Six Jours, prône le retrait des territoires occupés contre la paix ?
Quel événement de 1972 illustre l'internationalisation du conflit par le terrorisme ?