Après 1945, l'Asie puis l'Afrique connaissent un vaste mouvement d'émancipation politique : la décolonisation. Ce mouvement, engagé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'achève pour l'essentiel dans les années 1960-1975. Plusieurs facteurs convergents expliquent cette accélération de l'histoire.
Décolonisation : ensemble des processus politiques, parfois pacifiques, parfois violents, par lesquels les territoires colonisés d'Asie et d'Afrique accèdent à l'indépendance et à la souveraineté internationale, mettant fin au système colonial issu du XIXe siècle.
La guerre de 1939-1945 affaiblit durablement les métropoles européennes et discrédite l'idéologie de domination raciale portée par les puissances de l'Axe. Les colonisés, mobilisés massivement (tirailleurs, travailleurs, campagnes militaires), prennent conscience de la contradiction entre la lutte proclamée « pour la liberté » et leur propre condition coloniale. Beaucoup reviennent du front avec une conscience politique nouvelle et deviennent les cadres des futurs mouvements nationalistes.
Fondée en 1945, l'ONU inscrit dans sa Charte le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Elle devient une tribune internationale où les mouvements nationalistes dénoncent le fait colonial et où les nouveaux Etats trouvent un appui diplomatique.
Un nationalisme afro-asiatique se structure autour d'élites politiques revendiquant l'indépendance. Ce mouvement culmine en avril 1955 avec la conférence de Bandung (Indonésie), qui réunit 29 Etats d'Asie et d'Afrique récemment indépendants ou en lutte pour l'être.
Conférence de Bandung (1955) : réunion internationale organisée en Indonésie, qui condamne le colonialisme, affirme la solidarité afro-asiatique et pose les bases du mouvement des pays non-alignés, refusant de choisir entre les blocs occidental et soviétique en pleine guerre froide.
Des étudiants et fonctionnaires colonisés, formés dans les universités et grandes écoles des métropoles (Paris, Londres), y découvrent les idéaux de liberté, d'égalité et de démocratie qu'ils retournent ensuite contre le système colonial. Ils forment l'ossature des partis nationalistes.
Dans le contexte de la guerre froide, les deux grandes puissances, pourtant rivales, partagent un discours anticolonialiste : les Etats-Unis, nés eux-mêmes d'une décolonisation, soutiennent le principe de l'autodétermination ; l'URSS, au nom de l'anti-impérialisme marxiste, appuie les mouvements de libération nationale. Chacune espère ainsi gagner l'influence des nouveaux Etats.
Les Eglises, catholique et protestantes, évoluent progressivement d'un soutien tacite à l'ordre colonial vers un encouragement à l'émancipation des peuples et à la formation de clergés autochtones, contribuant elles aussi à légitimer les revendications nationalistes.
La Seconde Guerre mondiale et l'ONU jouent un rôle décisif et complémentaire : la guerre a matériellement affaibli les métropoles et politisé les colonisés, tandis que l'ONU offre un cadre juridique international qui légitime les revendications d'indépendance et isole diplomatiquement les puissances coloniales récalcitrantes.
Selon l'attitude de la métropole et la vigueur du mouvement nationaliste, la décolonisation emprunte deux voies principales.
Elle repose sur la négociation entre la métropole et les représentants locaux. En Asie, l'Inde obtient son indépendance en 1947 après des décennies de résistance non-violente menée par Gandhi et Nehru, au prix toutefois d'une partition douloureuse avec le Pakistan. En Afrique, l'Afrique noire française accède à l'indépendance de manière progressive et négociée, à travers la loi-cadre Defferre de 1956 puis le référendum de 1958 sur la Communauté franco-africaine.
Elle résulte du refus de la métropole de négocier, provoquant un conflit armé. En Asie, la guerre d'Indochine (1946-1954) oppose la France au Viêt-Minh de Ho Chi Minh et s'achève par la défaite de Diên Biên Phu et les accords de Genève. En Afrique, la guerre d'Algérie (1954-1962), déclenchée par le F.L.N., est le conflit de décolonisation le plus long mené par la France, achevé par les accords d'Evian.
Territoire de l'Afrique Equatoriale Française (A.E.F.), le Moyen-Congo suit un chemin singulier vers l'indépendance, marqué par un nationalisme précoce d'inspiration religieuse et associative, puis par une transition pacifique et progressive au sein de l'ensemble français.
Bien avant les partis politiques, le nationalisme congolais s'exprime à travers des mouvements religieux et associatifs qui contestent, sur un mode symbolique et populaire, l'ordre colonial.
En 1926, André Grenard Matsoua, ancien tirailleur et fonctionnaire colonial, fonde à Paris l'Amicale des originaires de l'A.E.F. (l'« Amicalisme »), officiellement une association d'entraide, mais qui devient rapidement le premier grand mouvement de contestation de l'administration coloniale au Moyen-Congo. Poursuivi et emprisonné par les autorités françaises, Matsoua meurt en détention en 1942. Sa mort fait de lui un martyr et une figure sacralisée : le Matsouanisme devient un mouvement politico-religieux qui, aux côtés d'autres Eglises syncrétiques comme le Kimbanguisme et le Lassysme, diffuse dans les masses populaires une première conscience nationale et un rejet de la tutelle coloniale.
A partir de 1946, avec l'ouverture d'assemblées représentatives dans l'Union française, des partis politiques structurés voient le jour :
L'accession du Moyen-Congo à la souveraineté se fait de manière progressive, en plusieurs étapes institutionnelles :
| Période | Statut politique | Faits marquants |
|---|---|---|
| 1946-1956 | Le Moyen-Congo dans l'Union française | Constitution de 1946 ; citoyenneté élargie ; premières assemblées représentatives ; naissance du P.P.C. et du M.S.A. |
| 1956-1958 | Sous la loi-cadre Defferre | Loi-cadre du 23 juin 1956 : suffrage universel, autonomie de gestion interne ; fondation de l'U.D.D.I.A. par Fulbert Youlou (1956), qui devient chef du gouvernement local en 1958. |
| 1958-1960 | Au sein de la Communauté franco-africaine | Référendum du 28 septembre 1958 ; proclamation de la République du Congo, autonome, le 28 novembre 1958, avec Fulbert Youlou à sa tête. |
| 1960 | Indépendance totale | Négociation du transfert des dernières compétences (défense, diplomatie, monnaie) avec la France ; proclamation de l'indépendance le 15 août 1960 ; Fulbert Youlou devient le premier président de la République du Congo. |
Le 15 août 1960, le Congo accède ainsi pacifiquement et par la voie de la négociation à la pleine souveraineté internationale, clôturant plus de trois décennies de maturation politique et religieuse du nationalisme congolais, de l'Amicalisme de Matsoua jusqu'à l'action politique de Fulbert Youlou.
Parmi les éléments suivants, dites lesquels sont des causes de la décolonisation de l'Asie et de l'Afrique après 1945, et lesquels n'en sont pas.
Sont des causes de la décolonisation : 1, 3, 4 et 6.
Ne sont pas des causes : 2 (la Communauté Économique Européenne, créée en 1957, n'a pas de lien direct avec le mouvement d'émancipation des colonisés) et 5 (le canal de Suez est un événement du XIXe siècle, antérieur de près d'un siècle au mouvement de décolonisation).
Pour chacun des territoires suivants, précisez s'il s'agit d'une décolonisation pacifique (négociée) ou violente (armée), et justifiez votre réponse en une phrase.
Classez chronologiquement les évènements suivants relatifs à la marche du Moyen-Congo vers l'indépendance :
« Le 15 août 1960, à Brazzaville, devant une foule immense, le président Fulbert Youlou proclame l'indépendance de la République du Congo, au terme de plusieurs mois de négociations avec la France portant sur le transfert des dernières compétences de souveraineté (défense, diplomatie, monnaie). Cette indépendance s'inscrit dans le prolongement de la Communauté franco-africaine instaurée en 1958, et couronne près de trente-cinq années de maturation du nationalisme congolais, depuis l'Amicalisme d'André Matsoua jusqu'à l'action politique de l'U.D.D.I.A. » (texte de synthèse historique)
Sujet : Rédigez une dissertation historique sur le sujet suivant : « Montrez les étapes et les particularités du processus qui a conduit le Congo à l'indépendance en 1960. »
Introduction. Après 1945, l'Asie puis l'Afrique s'engagent dans un vaste mouvement de décolonisation. Le Moyen-Congo, territoire de l'A.E.F., accède à l'indépendance le 15 août 1960 au terme d'un processus original, à la fois long et pacifique. Comment le nationalisme congolais s'est-il construit, puis quelles étapes ont conduit le pays à la pleine souveraineté ? Nous montrerons d'abord les racines religieuses et populaires du nationalisme congolais, puis la structuration politique progressive du territoire, avant d'analyser les particularités d'une indépendance négociée.
I. Un nationalisme précoce, d'inspiration religieuse et populaire. Dès 1926, André Matsoua fonde l'Amicale des originaires de l'A.E.F., premier mouvement de contestation de l'ordre colonial. Sa mort en détention en 1942 le transforme en martyr : le Matsouanisme, aux côtés du Kimbanguisme et du Lassysme, diffuse dans les masses une conscience nationale précoce, bien avant l'apparition des partis politiques modernes.
II. Une structuration politique progressive au sein du cadre français. A partir de 1946, dans le cadre de l'Union française, naissent le P.P.C. de Jean-Félix Tchicaya et le M.S.A. de Jacques Opangault. La loi-cadre Defferre de 1956 instaure le suffrage universel et l'autonomie de gestion interne ; Fulbert Youlou fonde alors l'U.D.D.I.A., qui hérite du prestige populaire du Matsouanisme et domine bientôt la vie politique locale.
III. Les particularités d'une indépendance négociée et pacifique. Contrairement à l'Algérie ou à l'Indochine, le Congo n'a jamais connu de guerre de décolonisation. Le référendum du 28 septembre 1958 ouvre la voie à la Communauté franco-africaine, dans laquelle le Congo devient une république autonome dès le 28 novembre 1958. En 1960, la négociation du transfert des dernières compétences (défense, diplomatie, monnaie) aboutit, sans rupture violente, à la proclamation de l'indépendance totale le 15 août 1960, sous la présidence de Fulbert Youlou.
Conclusion. L'indépendance du Congo est donc l'aboutissement d'une trajectoire longue de plus de trois décennies, qui va de la contestation religieuse et populaire de Matsoua à la négociation institutionnelle menée par Fulbert Youlou. Sa particularité majeure est d'avoir été obtenue par étapes successives et par le dialogue, plaçant le Congo parmi les exemples les plus aboutis de décolonisation pacifique en Afrique noire francophone.
Quelle organisation internationale inscrit dans sa charte le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ?
En quelle année se tient la conférence de Bandung ?
Quel pays d'Asie obtient son indépendance en 1947 par une décolonisation pacifique ?
Quelle guerre illustre une décolonisation violente en Asie entre 1946 et 1954 ?
Quel texte permet en 1956 une autonomie interne des territoires d'Afrique noire française ?
Qui fonde l'Amicalisme en 1926, premier grand mouvement de contestation coloniale au Moyen-Congo ?
Quel parti politique congolais est fondé en 1956 par l'abbé Fulbert Youlou ?
A quelle date le Congo proclame-t-il son indépendance totale ?
Quel évènement institutionnel a lieu le 28 septembre 1958 et concerne le Congo ?
Quelle guerre illustre une décolonisation violente en Afrique entre 1954 et 1962 ?