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Introduction

Après la Seconde Guerre mondiale, le monde se divise en deux blocs antagonistes dirigés par les États-Unis et l'URSS : c'est la guerre froide. Mais à partir de 1953, un tournant s'amorce dans les relations Est-Ouest. La mort de Staline et l'arrivée d'Eisenhower à la présidence américaine ouvrent une période nouvelle, marquée par la recherche d'un dialogue entre les deux Grands, malgré la persistance de graves crises. De 1953 à 1975, les relations Est-Ouest connaissent ainsi deux phases successives : la coexistence pacifique (1953-1962), puis la détente (1962-1975).

1. La coexistence pacifique (1953-1962)

Définition

La coexistence pacifique désigne la volonté des deux Grands (États-Unis et URSS) de régler leurs différends par la négociation et le dialogue plutôt que par l'affrontement militaire direct, tout en poursuivant leur rivalité idéologique, économique et diplomatique sur la scène mondiale.

a) Les facteurs de la coexistence pacifique

  • Des changements politiques majeurs : la mort de Staline en mars 1953 permet l'arrivée au pouvoir de Nikita Khrouchtchev, qui engage la déstalinisation (rapport secret au XXe Congrès du PCUS, 1956) et prône une coexistence pacifique avec l'Occident. Aux États-Unis, le président Eisenhower, moins belliqueux que ses prédécesseurs, se montre également ouvert au dialogue.
  • L'équilibre de la terreur nucléaire : les deux Grands disposent désormais de l'arme atomique puis thermonucléaire en quantités considérables. La course aux armements aboutit à un équilibre des forces qui rend une guerre directe suicidaire pour les deux camps.
  • Les dissensions internes aux blocs : chaque bloc doit gérer des tensions internes (insurrection de Hongrie en 1956, rupture sino-soviétique naissante côté Est ; indépendance de la politique étrangère française avec le général de Gaulle côté Ouest) qui incitent les deux Grands à la prudence.
  • La décolonisation et l'émergence du tiers-monde : la conférence de Bandung (avril 1955) rassemble 29 pays d'Asie et d'Afrique qui refusent de s'aligner sur l'un ou l'autre bloc et affirment leur volonté de neutralisme, ce qui complique le jeu des blocs.

b) Les crises de la coexistence pacifique

Malgré la volonté de dialogue, la période reste marquée par de graves crises qui montrent les limites de la coexistence pacifique :

  • La crise de Suez (1956) : après la nationalisation du canal de Suez par Nasser, la France, le Royaume-Uni et Israël interviennent militairement en Égypte. Washington et Moscou, unis pour une fois, imposent leur retrait, montrant leur volonté commune d'éviter une extension du conflit.
  • La crise de Berlin (1961) : face à l'exode massif des Allemands de l'Est vers Berlin-Ouest, les autorités est-allemandes construisent, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, le mur de Berlin, symbole de la partition du monde en deux blocs.
  • La crise des missiles de Cuba (octobre 1962) : l'installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba provoque la crise la plus grave de la guerre froide et porte le monde au bord de la guerre nucléaire.
Exemple à retenir

La crise des missiles de Cuba (octobre 1962) constitue l'apogée de la tension entre les deux Grands. Après la découverte par les Américains de rampes de lancement de missiles soviétiques à Cuba, le président Kennedy impose un blocus naval de l'île. Pendant treize jours, le monde retient son souffle. La crise se dénoue par un compromis : le retrait des missiles soviétiques de Cuba contre l'engagement américain de ne pas envahir l'île et le retrait discret des missiles américains installés en Turquie. Ce dénouement négocié convainc les deux Grands de la nécessité d'un dialogue permanent : c'est le point de départ de la détente.

2. Les relations Est-Ouest pendant la détente (1962-1975)

Définition

La détente désigne la période d'apaisement des relations Est-Ouest qui succède à la crise de Cuba, marquée par une volonté plus affirmée de dialogue, de négociation et de coopération entre les États-Unis et l'URSS, née de la peur commune d'une guerre nucléaire.

a) Les manifestations de la détente

  • La limitation des armements stratégiques : les négociations SALT (Strategic Arms Limitation Talks), engagées à partir de 1969 entre Washington et Moscou, aboutissent à l'accord SALT I signé en 1972, qui limite le nombre de missiles stratégiques et de systèmes antimissiles.
  • L'Ostpolitik : le chancelier ouest-allemand Willy Brandt engage une politique d'ouverture vers l'Est ; la RFA signe des accords de reconnaissance des frontières avec la Pologne (1970) et normalise ses relations avec l'URSS.
  • Les accords entre les deux Allemagnes : la RFA et la RDA se reconnaissent mutuellement (traité fondamental de 1972) et sont admises ensemble à l'ONU en 1973.
  • La Conférence d'Helsinki (1975) : réunissant 35 États d'Europe, les États-Unis et le Canada, elle aboutit à l'Acte final d'Helsinki qui consacre l'inviolabilité des frontières issues de la Seconde Guerre mondiale, en échange d'un engagement des pays de l'Est au respect des droits de l'homme.
  • L'ouverture vers la Chine : l'entrée de la République populaire de Chine à l'ONU en 1971 et le voyage du président Nixon à Pékin en 1972 marquent un rapprochement sino-américain qui inquiète Moscou.
  • Le retrait américain du Vietnam : les accords de Paris (janvier 1973) organisent le retrait des troupes américaines engagées depuis 1965 dans la guerre du Vietnam.

b) Les limites de la détente : des crises persistantes

La détente ne signifie pas la fin de tous les conflits. Plusieurs crises régionales continuent d'opposer indirectement les deux blocs :

  • les conflits indo-pakistanais, dans lesquels l'Inde est soutenue par l'URSS et le Pakistan par les États-Unis et la Chine ;
  • la guerre du Vietnam, qui se poursuit jusqu'en 1975 malgré le retrait américain, avec la victoire finale du Nord communiste ;
  • l'expansion du communisme en Asie du Sud-Est (Laos, Cambodge) ;
  • les tensions persistantes au Moyen-Orient, où les États-Unis et l'URSS soutiennent des camps opposés lors des guerres israélo-arabes (1967, 1973).
À comprendre

La détente illustre un paradoxe : le dialogue direct entre les deux Grands se renforce (sommets, accords SALT, Helsinki), mais la rivalité Est-Ouest se poursuit par conflits interposés dans le tiers-monde. La détente est donc une compétition maîtrisée plutôt qu'une paix véritable : les deux Grands évitent l'affrontement direct mais continuent de défendre leurs intérêts et leur idéologie partout dans le monde.

CritèreCoexistence pacifique (1953-1962)Détente (1962-1975)
Contexte déclencheurMort de Staline, déstalinisationPeur née de la crise de Cuba
Nature dominanteAlternance dialogue / crises gravesNégociations et accords institutionnalisés
Exemples de crisesSuez (1956), Berlin (1961), Cuba (1962)Vietnam, Moyen-Orient, Inde-Pakistan
Exemples d'accordsQuasi absence d'accords formelsSALT I (1972), Ostpolitik, Helsinki (1975)
Point culminantCrise des missiles de CubaConférence d'Helsinki

Ce qu'il faut retenir

  • La coexistence pacifique (1953-1962) naît de la mort de Staline, de l'équilibre de la terreur nucléaire et de la décolonisation, mais reste marquée par de graves crises (Suez, Berlin, Cuba).
  • La crise des missiles de Cuba (octobre 1962) constitue le sommet de la tension et le point de bascule vers la détente.
  • La détente (1962-1975) est une période de dialogue institutionnalisé entre les deux Grands : SALT, Ostpolitik, accords inter-allemands, conférence d'Helsinki (1975).
  • Malgré la détente, les rivalités Est-Ouest se poursuivent par conflits interposés (Vietnam, Moyen-Orient, Inde-Pakistan) : la coexistence entre les blocs reste une compétition maîtrisée, non une paix définitive.
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Les facteurs de la coexistence pacifique

● Niveau Facile

Répondez aux questions suivantes à partir de vos connaissances.

  1. En quelle année meurt Staline, et quel dirigeant lui succède à la tête de l'URSS ?
  2. Citez deux facteurs qui expliquent l'émergence de la coexistence pacifique après 1953.
  3. Qu'est-ce que la conférence de Bandung (1955) et quel rôle joue-t-elle dans les relations internationales ?
Correction
  1. Staline meurt en mars 1953. Nikita Khrouchtchev lui succède progressivement à la tête de l'URSS et engage la déstalinisation à partir de 1956.
  2. On peut citer : les changements politiques (déstalinisation en URSS, présidence Eisenhower aux États-Unis) et l'équilibre de la terreur nucléaire, qui rend un affrontement direct trop dangereux pour les deux Grands. On peut aussi citer les dissensions internes aux blocs et la décolonisation.
  3. La conférence de Bandung réunit en avril 1955, en Indonésie, 29 pays d'Asie et d'Afrique récemment indépendants ou en voie de l'être. Elle marque l'émergence du tiers-monde et affirme la volonté de ces pays de ne pas s'aligner sur l'un des deux blocs, ce qui complique la logique bipolaire de la guerre froide.
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Crises ou manifestations de la détente ?

● Niveau Moyen

Voici une liste d'évènements : crise de Suez, accords SALT I, guerre du Vietnam, conférence d'Helsinki, Ostpolitik, crise des missiles de Cuba.

  1. Classez chacun de ces évènements dans la bonne catégorie : crises de la coexistence pacifique (1953-1962) ou manifestations de la détente (1962-1975), en justifiant votre choix.
  2. Expliquez pourquoi la guerre du Vietnam ne peut être classée simplement dans l'une ou l'autre catégorie.
Correction
  1. Crises de la coexistence pacifique : crise de Suez (1956) et crise des missiles de Cuba (1962), car ce sont des affrontements directs entre les blocs ou leurs alliés qui menacent la paix mondiale. Manifestations de la détente : accords SALT I (1972), conférence d'Helsinki (1975) et Ostpolitik (à partir de 1969-1970), car ce sont des négociations et des accords institutionnalisés entre les deux blocs.
  2. La guerre du Vietnam se déroule pour l'essentiel pendant la période de détente (1965-1975), mais elle constitue une limite à cette détente : elle montre que malgré le dialogue entre Washington et Moscou, les deux blocs continuent de s'affronter indirectement par pays interposés, ici via le soutien soviétique et chinois au Nord-Vietnam communiste face aux États-Unis.
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La crise de Cuba, un tournant dans la guerre froide

● Niveau Moyen

À partir de vos connaissances sur la crise des missiles de Cuba (octobre 1962), répondez aux questions suivantes.

  1. Rappelez le déroulement de la crise : cause, réaction américaine, dénouement.
  2. Pourquoi peut-on considérer cette crise comme le point culminant de la guerre froide ?
  3. En quoi cette crise marque-t-elle le début d'une nouvelle phase des relations Est-Ouest ?
Correction
  1. En octobre 1962, les Américains découvrent l'installation de rampes de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, à quelques kilomètres de leurs côtes. Le président Kennedy décide d'un blocus naval de l'île plutôt que d'une intervention armée directe. Après treize jours de très forte tension, Khrouchtchev accepte de retirer les missiles en échange de l'engagement américain de ne pas envahir Cuba et du retrait discret de missiles américains stationnés en Turquie.
  2. Elle est considérée comme le point culminant de la guerre froide car, pour la première fois, le monde s'est trouvé au bord d'un affrontement nucléaire direct entre les deux Grands, avec un risque réel de destruction mutuelle.
  3. La peur suscitée par cette crise convainc les deux Grands de la nécessité d'un dialogue permanent pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise : installation du « téléphone rouge » entre Washington et Moscou en 1963, puis engagement progressif dans la voie de la détente (négociations SALT, sommets, accords).
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Étude de document — L'Acte final d'Helsinki (1975)

● Niveau Difficile

« Les États participants considèrent comme inviolables toutes les frontières les uns des autres, comme celles de tous les États en Europe, et s'abstiendront donc, maintenant et à l'avenir, de tout attentat contre ces frontières. […] Ils affirment leur volonté de développer leurs relations mutuelles et de résoudre les problèmes en suspens par des moyens pacifiques. » (D'après l'Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, Helsinki, 1975.)

  1. Présentez le document : nature, date, contexte de sa signature.
  2. Relevez dans le texte les principes affirmés par les États signataires.
  3. Montrez en quoi ce document illustre l'esprit de la détente.
  4. Quelle contrepartie les pays occidentaux obtiennent-ils des pays de l'Est dans cet accord (au-delà du texte cité) ?
Correction
  1. Il s'agit d'un extrait de l'Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), signé à Helsinki en 1975 par 35 États (pays d'Europe de l'Est et de l'Ouest, États-Unis, Canada), point d'orgue de la détente engagée après la crise de Cuba.
  2. Le texte affirme le principe d'inviolabilité des frontières européennes issues de la Seconde Guerre mondiale et la volonté de résoudre les différends par des moyens pacifiques, et non par la force.
  3. Ce document illustre l'esprit de la détente car il matérialise un compromis négocié entre les deux blocs : les pays de l'Est obtiennent la reconnaissance définitive des frontières issues de 1945 (notamment la frontière germano-polonaise), tandis que l'ensemble des signataires s'engage dans une logique de coopération et de dialogue plutôt que de confrontation.
  4. En contrepartie, les pays de l'Est s'engagent, dans le « troisième panier » des accords d'Helsinki, à respecter les droits de l'homme et les libertés fondamentales, ce qui donnera par la suite des arguments aux mouvements dissidents à l'intérieur du bloc soviétique.

Problème de synthèse — Dissertation historique

● Niveau Bac

Rédigez une dissertation historique sur le sujet suivant : « De la coexistence pacifique à la détente : comment les relations Est-Ouest ont-elles évolué entre 1953 et 1975 ? »

Vous construirez un plan structuré (introduction, développement en deux axes, conclusion) et vous appuierez votre argumentation sur des faits précis et datés.

Corrigé modèle

Introduction. Depuis 1947, le monde est divisé en deux blocs opposés par la guerre froide. Mais à partir de 1953, la mort de Staline ouvre une période nouvelle dans les relations Est-Ouest, marquée d'abord par une coexistence pacifique fragile (1953-1962), puis, après la crise de Cuba, par une détente plus institutionnalisée (1962-1975). Comment les relations entre les deux Grands évoluent-elles alors du dialogue prudent à la négociation organisée, sans jamais faire disparaître totalement les tensions ? Nous étudierons d'abord la coexistence pacifique et ses limites, puis la détente et ses propres contradictions.

I. La coexistence pacifique, un dialogue encore fragile (1953-1962). La mort de Staline en 1953 et la déstalinisation menée par Khrouchtchev, conjuguées à l'équilibre de la terreur nucléaire, poussent les deux Grands à privilégier le dialogue plutôt que l'affrontement direct. La décolonisation et l'émergence du tiers-monde, symbolisées par la conférence de Bandung (1955), viennent compliquer le jeu bipolaire. Mais cette période reste marquée par de graves crises : la crise de Suez (1956), la crise de Berlin et la construction du mur (1961), et surtout la crise des missiles de Cuba en octobre 1962, qui porte le monde au bord de la guerre nucléaire.

II. La détente, une compétition mieux maîtrisée mais non résolue (1962-1975). Traumatisés par la crise de Cuba, les deux Grands multiplient les gestes d'apaisement : négociations SALT sur la limitation des armements (accord SALT I en 1972), Ostpolitik de Willy Brandt et reconnaissance mutuelle des deux Allemagnes, ouverture vers la Chine (entrée à l'ONU en 1971), retrait américain du Vietnam (accords de Paris, 1973) et, point d'orgue, la conférence d'Helsinki en 1975. Pourtant, la détente ne met pas fin aux rivalités : la guerre du Vietnam se poursuit jusqu'en 1975, les conflits indo-pakistanais et les tensions au Moyen-Orient persistent. La détente est donc une compétition maîtrisée plus qu'une paix définitive.

Conclusion. Entre 1953 et 1975, les relations Est-Ouest passent d'une coexistence pacifique instable, ponctuée de crises graves, à une détente plus organisée autour d'accords et de négociations. Mais dans les deux cas, le dialogue entre les deux Grands n'élimine jamais complètement leur rivalité, qui continue de s'exprimer par conflits interposés dans le tiers-monde. Cette fragilité annonce d'ailleurs la fin de la détente à partir de 1979, avec l'intervention soviétique en Afghanistan.

🎯 Teste tes connaissances — 10 questions

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Question 1/10

En quelle année Staline meurt-il, ouvrant la voie à la coexistence pacifique ?

Question 2/10

Qui engage la déstalinisation en URSS après la mort de Staline ?

Question 3/10

Quel évènement de 1956 voit les États-Unis et l'URSS s'opposer conjointement aux interventions franco-britannique et israélienne ?

Question 4/10

En quelle année le mur de Berlin est-il construit ?

Question 5/10

En quel mois et quelle année éclate la crise des missiles de Cuba ?

Question 6/10

Comment se dénoue la crise des missiles de Cuba ?

Question 7/10

Que désignent les négociations SALT engagées à partir de 1969 ?

Question 8/10

Qui est à l'origine de l'Ostpolitik, la politique d'ouverture de la RFA vers l'Est ?

Question 9/10

Que consacre principalement l'Acte final de la Conférence d'Helsinki en 1975 ?

Question 10/10

Quel accord organise en 1973 le retrait des troupes américaines engagées au Vietnam ?

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